SENNACHÉRIB
Quand j'ai vaincu les Juifs et les Mèdes impies, J*ai donné ce butin splendide à mes enfants; N*onl-iIs point des chevaux, de Tor, des éléphants, Dos femmes, des palais de granit, où les mène Un chemin de taureaux ailés à face humaine, Toutes les voluptés possibles sous leurs pas ? Je les comble. Pourquoi ne m'aimeraient-il pas? Je dois être aimé d'eux ainsi que je les aime. Des deux aînés surtout, mes deux préférés même. Ceux qui marchent toujours aux côtés de mon char, Mon fils Adraméleck et mon fils Sarrazar.
Qui gouvernent sous moi mon empire et le gèrent. »
Cette nuit-là, ses deux fils atnés regorgèrent.
Le devin Thoutmès quatre est mort, et sa momie
Est dans son hypogée à jamais endormie ;
Thoutmès quatre est au rang des dieux-rois. Et son fils,
Le nouveau pharaon d'Egypte, Aménophis,
A pris possession du trône de son père.
Coiffé du bandeau d'or où se tord la vipère,
Le torse droit, les mains sur les cuisses, les yeux
Perdus dans on ne sait quel rêve soucieux.
Un morne et froid sourire à ses lèvres lippues.
Il reçoit, au milieu des colonnes trapues De son palais couvert d'hiéroglyphes peints, L'hommage des guerriers et des prêtres thébains. Sur les trépieds d'airain fument les aromates ; El, prosterné, le chef des hiérogram mates Lui prédit les grandeurs de son règne futur : < Salut, roi de Kémit ! pharaon trois fois pur. En qui sont la santé, la vigueur et la vie !
Parle. Ta volonté sainte sera servie.
C'est pour toi que les trois gardiens, Fré, Knef et Fia, Rendent le Nil fécond de la source au delta, El pour toi que les sphinx et les cynocéphales Lancent vers le soleil leurs clameurs triomphales. Ordonne, pharaon sublime! Que veux4u?
La récolte est à toi jusqu'au moindre fétu :
Dicte un ordre, et ce peuple immense, tu l'aflames. A toi l'Egypte I A toi les hommes et les femmes, Et les produits du sol, et tous les animaux!
Veux-tu la gloire? Eh bien ! roi puissant, dis deux mots, Et nous rassemblerons ta flotte et tes armées : Les nations seront par ton bras décimées.
Et tu feras courir leurs plus fameux guerriers, (^plifs près de ton char, comme des lévriers; Et tu reculeras au loin ton territoire Et graveras partout ta stèle de victoire.
Parle! Dédaignes-tu la guerre et ses hasards?
Ton cœur est-il épris des plaisirs et des arts?
maître, fais-nous donc savoir ta fantaisie,
Et parmi les parfums cent esclaves d'Asie,
Radieuses ainsi que l'aurore en été
Et parant de bijoux leur brune nudité,
Au son des tambourins et des doubles crotales
T'enivreront de leurs danses orientales!
Ton caprice veut-il construire un monument
Où dure ta mémoire impêrissablement
Et près de qui seront trop petits et timides
Le Lac, le Labyrinthe et les trois Pyramides?
Rêve aussi colossal que tu pourras rêver,
Fils des dieux! et, pour toi, nous ferons soulever
Des milliersde blocs lourds par des millions d'hommes<
pharaon ! tout est à toi dans les vingt nomes,
Le soldat casqué d'or, le prêtre circoncis.
Le scribe, l'artisan à son travail assis.
Ceux de tous les métiers et de toutes les castes,
Et jamais tes désirs ne seront assez vastes.
Parle, ordonne, commande! et nous obéirons. »
Il dit; et tous sont là, muets, courbant leurs fronts. Mais, se sentant le cœur plein d'un dégoût immense
Et s'étant demandé comme il sied que commence Ce règne qu'on lui peint si prospère et si beau, Le jeune roi répond :
c Bâtissez mon tombeau. »