‹ Œuvres complètes de François Coppée (volume 3)Chapitre 72 sur 125 · VINCENT DE PAULE · texte numérisé non relu

VINCENT DE PAULE

Certes, on Ta reçu d'une façon civile;

Mais il demande trop, même aux meilleurs chrétiens,

INiur ses enfants trouvés et ses galériens;

Et plus d'un poliment déjà s'en débarrasse.

Tout l'argent de la reine est pour le Val-de-Grâce,

Et Mazarin, si fort pour dire : c Je promets »,

Devient, en vieillissant, plus ladre que jamais.

Cest donc un mauvais jour; mais enûn le pauvre homme

Revient en se disant qu'il va faire un bon somme.

Et se hâte, parmi la bruine et le vent,

Lorsque arrivé devant la porte du couvent.

Il aperçoit par terre et couché dans la boue

Un garçon d'environ dix ans; il le secoue.

L'interroge; l'enfant depuis l'aube est à jeun,

N'a ni père ni mère, est sans asile aucun.

Et répond au vieillard d'une voix basse et dure.

« Viens! > dit Vincent, mettant la clef dans la serrure.

Et, prenant dans ses bras l'enfant qui le salit,

Il monte à sa cellule et le couche en son lit;

Fuis, songeant qu'à minuit, en janvier, le froid pince

Et que sa courte-pointe est peut-être bien mince.

Il 6te son manteau tout froid du vent du nord

Et l'étend sur les pieds du petit qui s'endort.

ro£Mf. -* IL 16

Alors, tout grelottant et très mal à son aise, Le bon monsieur Vincent s'accouda sur sa chaise, Et, devant le tableau pendu contre le mur.

Il pria.

Mais, soudain, la madone au front pur.

Qui parut resplendir des clartés éternelles, S'anima. Dans ses yeux aux profondes prunelles, Brillèrent des regards qu'ils n'avaient jamais eus, Et, dégageant son cou des bras du doux Jésus Qu'elle tenait d'abord serré sur son épaule.

Elle tendit l'enfant à saint Vincent de Paule Et, d'un accent rempli de céleste bonté.

Lui dit :

« Embrasse-le. Tu l'as bien mérité. »

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