‹ Œuvres complètes de François Coppée (volume 3)Chapitre 82 sur 125 · MORT DU GÉNÉRAL WALHUBERT · texte numérisé non relu

MORT DU GÉNÉRAL WALHUBERT

Calme, il porte la main à son petit chapeau.

Dans cette steppe, au loin par la brume obscurcie. Tout ce qu'ont de soldats rAutriche et la Russie Aujourd'hui va barrer la route au conquérant. L'heure est grave. Effrayé presque d'être si grand, (A'iui qui vient dans Ulm d'écraser l'Allemagne Kt qui, pour terminer d'un seul coup la campagne, Veut une fois de plus, ce soir, être vainqueur, S^nt un léger frisson lui traverser le cœur.

— N'as-tu jamais aucun vertige, aigle qui planes? —

Or, comme déûlait au pas le corps de Lannes,

— On en était à la brigade Walhubert — Le soleil, jusqu'alors de nuages couvert, Éclaira tout à coup l'immense paysage ; Et le grand fataliste y voyant un présage,

Et sentant que l'espoir en son cœur renaissait, Siiurit au général Walhubert qui passait.

L'obscur soldat partit, ivre de ce sourire.

La veille d'Austerlitz, on avait fait prescrire, IK» peur de dégarnir les rangs, que les blessés. Officiers ou soldats, ne fussent ramassés Oue le soir, une fois la bataille finie.

Chose afireuse ! ils devaient traîner leur agonie Dans ce champ clos glacé par la bise du nord. Où la pitié viendrait seulement quand la mort Aurait enfin cuvé sa sanglante débauche.

Le maréchal devait opérer sur la gauche.

Par la route d'Olmûtz, forte position Prise par Lichtenstein et par Bagration ; Et Walhubert servait sous lui. — Quelle tuerie ! D'abord ce fut un grand choc de cavalerie. Et les carrés français, sur leurs quadruples fronts, Eurent à repousser quatre-vingts escadrons ; Puis Kellermann, sabrant, nous fît la place nette; Et nos vieux régiments, croisant la baïonnette, Marchèrent, les tambours devant, l'aigle au milieu. Vers Pratzen, où tonnaient trente bouches à feu. Quand ces grands mouvements sous le canon s'opèrent. C'est terrible ! Combien de braves gens tombèrent Dans cette plaine où rêve aujourd'hui le berger ! Castex, le colonel du treizième léger.

Un officier superbe et de très haute taille, Fut frappé d'une balle au front, et la mitraille Enleva d'un seul coup un groupe de tambours.

N'importe ! Sur Pratzen, dont brûlaient les faubourgs Et dont les grenadiers du czar gai^daient l'entrée,

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