‹ Œuvres complètes de François Coppée (volume 3)Chapitre 89 sur 125 · LA MÉMOIRE · texte numérisé non relu

LA MÉMOIRE

Souvent, lorsque la main sur les yeux je médite, Elle m'apparait, svelte et la tète petite, Avec ses blonds cheveux coupés court sur le front Trouverai-je jamais des mots qui la peindront, La chère vision que malgré moi j'ai fuie?

Qu'es t auprès de son teint la rose après la pluie? Feut-on comparer même au chant du bengali .Son exotique accent, si clair et si joli?

Est-il une grenade entr'ouverte qui rende

L'incarnat de sa bouche adorablement grande ?

Oui, les astres sont purs, mais aucun, dans les cieux.

Aucun n'est éclatant et pur comme ses yeux ;

Et l'antilope errant sous le taillis humide

N'a pas ce long regard lumineux et timide.

Ah ! devant tant de grâce et de charme innocent

Le poète qui veut décrire est impuissant,

Mais l'amant peut du moins s'écrier : c Sois bénie,

faculté sublime à l'égal du génie.

Mémoire, qui me rends son sourire et sa voix,

Et qui fais qu'exilé loin d'elle, je la vois ! »

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