UNE AUMONE
Fumant à ma fenêtre, en été, chaque soir, Je voyais cette femme, à l'angle d'un trottoir, S'offrir à tous, ainsi qu'une chose à l'enchère. Non loin de là s'ouvrait une porte cochère, Où l'on entendait geindre, en s'abritant dessous, Une fillette avec des bouquets de deux sous.
Et celle qui traînait la soie et l'infamie Attendait que l'enfant se fût bien endormie, Et lui faisait alors l'aumône seulement.
— Tu lui pardonneras, n'est-ce pas? Dieu clémenll
Par leur grâce simple et naïve, ' Et, devinant quel homme eût été cet enl'ai Ils se demanderont pourquoi le sort défeni
Qu'un tel être prospère et vive ;
Pourquoi tant de charmants espoirs ont su* Pourquoi sur le chemin on trouve un nid te
Pourquoi le vent brise Tarbuste; Pourquoi l'Artiste, un jour, laisse là, sans rt Une ébauche où déjà le chef-d'œuvre apparat
Et pourquoi le Ciel est mjuste !
Mais devant ce jeune homme au sépulcre ente Moi qui vieillis, je dis à ceux qui l'ont aimé
Ou qui l'aimeront par son livre :
Heureux qui n'a vécu qu'un jour, en floréal ! Heureux qui meurt, tout jeune, avec son idéal!
Dieu lui fait grâce et le délivre.
Car vivre, c'est souffrir. Quels maux n'eût pas souli Le cœur ardent et bon qui s'épanche en ces vers
11 portait la marque fatale.
L'Art, le Bonheur, l'Amour à ses yeux avaient hii: Il n'a pas eu le temps de voir fuir devant lui
Tous ces mirages de Tantale.
. moiiie i:
A UN AMAxXT
Amant abandonné qu'une maîtresse oublie, Pourquoi ce poing fermé que tu montres aux cieux Pourquoi ce pli profond dans ton front soucieux Et ce regard où brûle une ardeur de folie ?
Pourquoi ce désespoir? Parcequ'elle est jolie, Parcequ'en caressant son corps délicieux, En respirant sa bouche, en admirant ses yeux, Tu trouvais un remède à ta mélancolie?
A UiN ÉLÉGIAQUE
Jeune homme, qui me viens lire tes plaintes vain( Garde-toi bien d'un mal dont je me suis guéri. Jadis, j'ai, comme toi, du plus pur de mes veine> Tiré des pleurs de sang, et le monde en a ri.
Du courage! La plainte est ridicule et lâche, ('omme l'enfant de Sparte, ayant sous ses habits Un renard furieux qui le mord sans relâche, Ne laisse plus rien voir de tes tourments subis.
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