L'AMIRAL COURBET
Strophes dites par M. Paul Mounet, de l*Odéon,
à rassemblée générale de la Société centrale de sauvetage
des Naufragés, le 12 mai 1886.
Quinze ans avaient passé ^depuis Tépoque sombre, France, où ton effort succombant sous le nombre,
L'honneur seul avait survécu I Et, depuisles jours noirs de l'effroyable épreuve. Tes soldats n'avaient plus qu'une bannière neuve,
Le triste drapeau du vaincu ;
Et, quand un régiment passait, musique en tète. Avec son étendard datant de la défaite.
Nous nous rappelions nos revers.
LWMIRAL COIRBET- ±±\
Et nos chers vieux drapeaux, si criLlês par les balles. Que, lorsque les gonflait le rent par interralles. On voyait Fazur au travers.
Et nous disions : c Drapeaux d*hier, drapeaux sans joie! Qu'il vienne donc enfin, le Chef qui vous déploie
En plein soleil, sous le ciel bleu ; Et, commandant d'escadre ou général d'armée.
Qu'il vous donne, parmi la poudre et la fumée.
Le noble baptême du feu ! >
Il vint. Après quinze ans de deuil et de nuit noire. Il nous fit tressaillir, encore, au mot : c Victoire ! >
Courbet, grand et vénéré nom !
Il vint. Il apparut et disparut trop vite ; Et sa gloire brilla pour s'éteindre, subite,
Ainsi que réclair d'un canon.
Ce qu'il fut ? Un marin ; — un marin, c'est-à-dire L'homme qui n'est heureux qu'en mer, sur le navire
Qui peut devenir son tombeau ; L'homme qui, pour servir son pays, sacrifie Et risque, chaque jour, à chaque instant, sa vie...
Un marin ! — Et rien n'est plus beau !
Il eut ces deux amours : la patrie et l'espace. Certe ! il est grand. Partout où son escadre passe,
C'est pour l'honneur du pavillon ; Partout où l'ont porté la voile et la machine, Il laisse, le mai in fameux des mers de Chine,
De la gloire dans son sillon.
Mais il meurt... Tu n'es pas heureuse, ô pauvre France! Après Chanzy, Courbet ! Deux fois, ton espérance
Se perd dans un lugubre deuil.
Tu suis des yeux, là-bas, ton héros qui navigue... Il est mort au devoir, il est mort de fatigue ;
Le Bayard rapporte un cercueil !
Battez aux champs pour lui, tambours couverts de voiles î. Car, quand il conduisait, la nuit, sous les étoiles,
Ses cuirassés de premier rang.
Son rêve, j'en suis sûr, était bien autre chose Que couler une jonque ou que bloquer Formose ;
Son espoir était bien plus grand.
Courbet ! âme pure et de vertus nourrie.
Français qui sur les mers fis flotter ta patrie. Gardien du drapeau relevé.
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