‹ Œuvres complètes de François Coppée (volume 5)Chapitre 6 sur 79 · LES BOUCLES D'OREILLES · texte numérisé non relu

LES BOUCLES D'OREILLES

Avec le cordon bleu traversant sa cuirasse, Qui gagne, en agitant un court bâton doré, La bataille qu'on voit sous son cheval cabré.

Dire que, l'autre mois, elle était sans ouvrage !

Oh I comme elle a bien fait de prendre son courage

A deux mains, et d'aller au couvent voir la sœur !

Justement, on avait le même confesseur ;

On l'avait remarquée aux vêpres, les dimanches.

Sœur Agathe, cachant ses deux mains sous ses manches,

Écouta sa requête et fit un gros soupir.

Mais, dès le lendemain, on la faisait venir

Pour travailler, et tous les jours, chez la duchesse.

Comme, dans ce milieu de luxe et de richesse, On était bon pour elle, et comme on lui parlait ! Toujours : c Mademoiselle >, et toujours : c S'il vous plait Très timide, elle s'est pourtant apprivoisée. Dans cette belle chambre, auprès de la croisée, Devant ce grand jardin par instants regardé.

Quand, toute à son travail, le doigt coiffé d'un d<S Elle coud vivement, en cassant des aiguilles. Surviennent quelquefois la duchesse et ses filles. Les deux aimables sœurs qui se ressemblent tant. Pour parler de toilette, on s'arrête un instant,

Et la fille du peuple en est toute charmée;

Car ce sont des : — c Bonjour, mademoiselle Aimée. . .

— Et ce fameux peignoir? eh bien, avance-t-il? »

La grisette, piquant dans l'étoffe son fil,

Explique aux jeunes sœurs auprès d'elle penchées,

Gomment elle fera des bordures ruchées ;

Et l'on s'oublie alors en ces discours profonds

Qu'ont les femmes toujours à propos de chiffons.

L'ouvrière aime à voir les nobles demoiselles ;

Et le parfum léger qui voltige autour d'elles.

Leur voix fraîche, leur teint pur sans vulgaire éclat.

Tout flatte et satisfait son instinct délicat.

Elles disent : — « Maman, vois donc ! c'est une fée...

Quelle adresse ! quel goût !... > Et, comme réchauffée

Par l'éclair bienveillant jailli de leurs beaux yeux,

Quand ces dames s'en vont, l'enfant travaille mieux.

Pour elle, on a d'ailleurs des égards sympathiques.

Elle ne mange pas avec les domestiques.

Un laquais en livrée et moulé dans ses bas

Apporte un guéridon à l'heure des repas.

Met la nappe, et lui sert un tas de bonnes choses

Dans de la porcelaine où sont peintes des roses.

Et des mets inconnus dont le goût la surprend.

Et des gros fruits comme on n'en voit qu'au restaurant.

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