POÉSIE. — OL
A ses deux petits gars revenant de l'école.
Elle songe, à présent, à ce père. Pourvu Qu'il soit rentré déjà, pourvu qu'il n'ait pas bu. Pourvu qu'il n'ait pas fait aux enfants une scène ! Car, ce soir, il a dû recevoir sa quinzaine.
Et, des fois, il s'en va nocer pendant deux jours. Dans le fourmillement du peuple des faubourgs, Elle se hâte, en proie aux chagrins de famille. Sans s'entendre appeler : « Le joli brin de fille ! > Évitant, d'un détour brusque sur le trottoir. L'homme gris qui trébuche au seuil de l'assommoir. Ses charmants yeux baissés, un gros souci dans l'âme, Marchant vite, l'enfant a des façons de dame Qui la font respecter du rôdeur libertin.
Cependant, elle arrive à son quartier lointain, Où les passants ont l'air de fusilleurs d'otages. Elle atteint sa maison, monte ses cinq étages. Entre chez elle... Ainsi qu'elle l'a pressenti. Son père — vilain homme ! — a fait le samedi. Les deux gamins, auxquels elle tient lieu de mère, Rentrés depuis longtemps de l'école primaire Et tout seuls au logis, ont déjà peur un peu. Elle donne un coup d'œil, bien vite, au pot-au-feu, Rassure les enfants d'une bonne parole.
5i CONTES EX VERS.
Dans la maison il règne un si profond silence Qu'elle se laisse aller à cette somnolence ; Mais un fracas connu vient soudain l'éveiller. . .
C'est son père ivre-mort, tombant dans l'escalier î
Huit jours après, Aimée était à son ouvrage, Et rien n'avait changé du superbe entourage.
Ratissant les massifs, un garçon jardinier Travaillait dans le parc un peu plus printanier. Les bergers des panneaux, gardant la même posi\ Offraient leurs agnelets ornés d'un collier rose. Et l'ancêtre, campé sur son fougueux cheval, Livrait plus que jamais son combat triomphal.
L'ouvrière cousait, quand les deux demoiselles Arrivèrent galment, en toilettes nouvelles, Se ressemblant toujours comme deux gouttes d'eau. « Mademoiselle, on vient pour vous faire un cadeau,
LES IIOLCl.ES I)'0IIEII.LE<. .'»;
— Dît l'aînée. — Il s'agit de ces boacles d'oreîllei. Nous les portons, ma sœur et moi, toajoors par^îlleâ, tlt nous distribuons parfois nos rieux bijoux... Nous avons donc gardé cette paire pour Tooâ, Kt nous avons donné la seconde à Julie. >
Une confusion qui la rend plus jolie A fait rougir Aimée ; elle ne sait comment Kxprimer sa surprise et son remerciment.
Mais, avant qu'elle paisse assembler ses parol-^s :
4 Laissez-nous faire! > ont dit hys deux charmant>>^ foH':3;
Car elles sauteraient Tolonlicrs au plaf-^n'I,
Tant leur cœur est joyeux du plaisir qu'ell*^ font.
Kt chacune aussitôt s'empare d'uno oreille
(Jui, sous l'émotion, devient chaude et vermeillf.
Fait en un rien de temps le travail compliqua.
n'eule^-er de son trou le pendant de pUqué
.\chelé par Aimée à la € boutique à treize »,
Kt dV substituer, tout en souriant d'ai^,
Iji frêle tige d'or où frissonne un saphir.
« Klle est blonde! Cela lui convient à ravir!... )^el bonheur!... Un miroir! Vite ! Qu'elle s'y vot-' " • Et voici que l'enfant du peuple, ivre de joie,
Regarde étinceler — spectacle fabuleux ! — Deux diamants d'azur auprès de ses yeux bleus. Quoi! ces oreilles-là, vraiment, ce sont les siennes?... Elle en tremble... Et pourtant les deux patriciennes, Ne sachant même pas ce que vaut leur présent, Ont donné ce bijou de luxe en s'amusant.
Comme, au verger, quand juin souffle ses chaudes bris< Les gamines se font des boucles de cerises.
La nuit tombe. Huit jours encor se sont passés.
L'ouvrière revient chez elle à pas pressés.
Les deux sœurs, si souvent sur son travail penchées, L'ont comblée aujourd'hui de cornets de dragées; Car la plus jeune, espiègle au sourire taquin, La veille était marraine à Saint-Thomas d'Aquin. Aimée a le cœur gros pourtant et n'est pas gaie. Son père, absent trois jours, a bu toute sa paie. Hélas ! elle a quitté le logis sans savoir
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Us «urùeat d^ quoi sou|ter. oo ^ùi\ L'-rri^iw — ■tii-' U gn>nd^, 4 pivsi^nl. qaollo Itonto ! I-^«a:£ i =ûa patron demaniler un acMiupli*.
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L~m-:i>rïi^ible î II n'esl pas nu^nie lYviMUi.
Uào^ la chambre lilacêo, elle IrnuYii les iiiiiK'lius
S<?uU et sans pain. — Elle a des liunboii» pbMii sos |iiti'bti;il
Elle ouTTe le buflèt. Pas de paiiil jms depniii!
Déjà sOD frère ataé lui dit: f Nous avons titiiiil »
Et le cadet — il a cinq ans — a l'iilr loul aunilni'.
Alors, dans un miroir cassé, pciidu dmis l'uiiilins
L'ourhère, tournant au basant ses yeux Touh,
A ses oreilles voit briller les doux bijoux...
Et les petits sont là, dont le regard uiiiilont !
Le mont-de-piété doit être ouvert encans ;
Elle sort brusquement en se toucliant 1» rniiit...
N'ayez pas peuri Ce soir, les enfants soup»ronl.
Cette nuit-là, ce fut la pire de t>cs veilles. Comment faire, à présent, sans 1i!H boucles (l'ori'illi») ' Chez ces dames, demain, comment se pr/îsiînterï Et leurs regards surpris, comment les 9up|)orl(!r ".'... Tout dire?,.. Mais dùt-on croire son lémoiunaKi!,
Il faudrait avouer les bijoux mis en gage,
Son salaire mesquin qui ne peut tout payer,
Et le vice du père, et l'horreur du foyer!...
Dieu ! si l'on supposait qu'elle invente une histoire !
Puis ce serait bien pis si Ton devait la croire ;
On lui voudrait donner la charité... Jamais!
Non ! non ! Elle oubliera le chemin, désormais,
De la noble maison qui pourtant lui fut bonne;
Elle craint d'inspirer, en acceptant l'aumône,
A ces cœurs qui pour elle eurent quelque amitié.
Un peu de ce mépris que contient la pitié.
Elle travaillera n'importe où, l'ouvrière.
— Gens heureux, jugez-la trop honteuse ou trop fière;
Blâmez-la, gens heureux ! Je l'aime et je la plains. —
Et, pour le méchant père et les deux orphelins.
Elle ira, s'il le faut, demain, la désolée,
Ainsi que dans l'hiver de la grande gelée
Où l'on avait vendu la paillasse et les draps.
Coudre, à vingt sous par jour, le linge des soldats !
LES BOi:CI,ES r'OHKM.I.ES.
Or, hier, accompagnant ses lillcs, la duclicssR Contait à sœur Agathe, au suilir du la messe, r.omment sa protégée — c une perle, ma foi I > N'était plus revenue, et sans dire pourf|uoi, Malgré tous leurs efforts de bonté délicate.