LA MORT DU SINGE
Et des pleurs, traçant sur sa face Deux sillons parmi les poils roux, Font plus navrante sa grimace Faite de rire et de courroux.
Vieil histrion, loin de tes planches.
Ainsi tu n'as pas regretté Les bonds effarés dans les branches, L'Inde immense, la liberté 1
Ce que tu pleures, c'est la seine Et ce palais de fil de fer Dans lequel, parodiste obscène.
Grattant ton poil,
Railleur, tu faisais voir aux hommes Ce qu'ils ont de vil et de laid, Pour manger les trognons de pommes Dont leur colère t'accablait !
ANS la plaine blonde et sous les allées, Pour mieux faire accueil au doux messidor, Nous irons chasser les choses ailées, Moi, la strophe, et toi, les papillons d'or.
Et nous choisirons les routes tentantes. Sous les saules gris et près des roseaux, Pour mieux écouter les choses chantantes. Moi, le rhythme, et toi, le chœur des oiseaux.
Suivant tous les deux les rives charmées Que le fleuve bat de ses flots parleurs. Nous vous trouverpns, choses parfumées, Moi, glanant des vers, toi, cueillant des fleurs
Et l'amour, servant notre fantaisie, Fera, ce jour-là, l'été plus charmant : Je serai poète, et toi poésie, Tu seras plus belle, et moi plus aimant.
BOUQ^UETIÉRE
Pourtant la bande tout entière Suspend sa danse et son caquet Devant la maigre bouquetière, Et cb.acun lui prend un bouquet.
Vieil artiste mélancolique,
Quels sont ces fous? Dans quel dessein
Cachent-ils comme une relique
Ces fleurs mortelles dans leur sein?
Je ne sais. Mais sur ma poitrine, Souvenir des an-.purs défunts, Une fleur jadis purpurine A vécu ses derniers parfums.
Ainsi qu'on fait d'une amulette, Je la garde là, mais j'en meurs:
Et je songe au morne squelette Prodiguant ses funèbres fleurs.
LE Co4'Bo4T{ET
A LÉON Valade
ANS le bouge qu'emplit l'essaim insupportable Des mouches bourdonnant dans un chaud rayon d'août. L'ivrogne, un de ceux-là qu'un désespoir absout, Noyait au fond du vin son rcve détestable.
Stupide, il remuait la bouche avec dégoût, Ainsi qu'un bœuf repu ruminant dans l'étable. Près de lui le flacon, renversé sur la table. Se dégorgeait avec les hoquets d'un égout.
Oh! qu'il est lourd, le poids des tètes accoudées Où sti heurtent sans fm les confuses idées Avec le bruit tournant du plomb dans le grelot !
Je m'approchai de lui, pressentant quelque drame, Et vis que, dans le vin craché par le goulot. Lentement il traçait du doigt un nom de femme.
Lz4 VqAGUE et lz4 CLOCHE
N E fois, terrassé par un puissant breuvage. J'ai rêvé, que parmi les vagues et le bruit De la mer, je voguais sans fanal dans la r.ui:. Morne rameur, n'ayant plus l'espoir du rivaj^e.
L'Océan me crachait ses baves sur le front Et le vent me glaçait d'hor.eu- jusqu'aux entrailles; Les lames s'écroulaient ainsi que des murailles. Avec ce rhythrae lent qu'un silence interrompt.
Puis tout changea. La mer et sa noire mêlée Sombrèrent. Sous mes pieds s'effondra le plancher De la barque... Et j'étais seul dans un vieux clocher. Chevauchant avec rage une cloche ébranlée.
J'étreignais la criarde opiniâtrement, Convulsif, et fermant dans l'efifort mes paupières : Le grondement faisait trembler les vieilles pierres, Tant j'activais sans fin le lourd balancement.
Pourquoi n'as-tu point dit, ô rêve ! où Dieu nous mène ? Pourquoi n'as-tu point dit s'ils ne finiraient pas. L'inutile travail et l'étemel fracas Dont est faite la vie, hélas ! la vie humaine ?
UtNiE ScAIC^TE