‹ Œuvres complètes de François CoppéeChapitre 6 sur 9 · A MA MÈRE · texte numérisé non relu

A MA MÈRE

'est une vieille fille en cheveux blancs; elle est râle et maigre ; un antique et grossier chapelet S'égrène, machinal, sous ses doigts à mitaines. Sans cesse remuant ses lèvres puritaines D'où tombent les Pater nosler et les Ave, Et laissant son tricot de laine inachevé, Droite, elle prie, assise au coin d'un feu de veuve, Dans sa robe de deuil rigide et toujours neuve.

Le logis est glacé comme elle. Le cordeau Semble avoir aligné les plis droits du rideau, Que blêmit le reflet pâle d'un jour d'automne; Et, s'il vient un rayon de soleil, il détonne Et sur le sol découpe un grand carré brutal. Le lit est étriqué comme un lit d'hôpital. L'heure marche sans bruit sous son globe de verre. Tout est froid, triste, gris, monotone et sévère; Et, près du crucifix penché comme un fruit mûr. Deux béquilles d'enfant, en croix, pendent au mur.

C'est une histoire simple et très mélancolique Que raconte l'étrange et lugubre rehque :

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