‹ Œuvres complètes de François CoppéeChapitre 8 sur 9 · RÉDEMPTION · texte numérisé non relu

RÉDEMPTION

Elle est ainsi, n'aimant que les choses fleuries,

Préférant, pour passer le soir.

Les patients travaux de ses tapisseries

Aux sourires de son miroir.

Elle a le charme exquis de tout ce qui s'ignore, Elle est blanche, elle a dix-sept ans.

Elle rayonne, elle a la clarté de l'aurore Comme elle a l'âge du printemps.

Les heures des longs jours pour elle passent brèves.

Et s'exhalant comme un parfum.

Elle voit chaque nuit des blancheurs dans ses rêves,

Et toute sa vie en est un.

Telle elle est, ou du moins je la devine telle.

Lys candide, c}'gne ingénu.

Je la cherche, et bientôt quand j'aurai dit : « C'est elle ! »

Quand elle m'aura reconnu,

Je veux lui donner tout, ma vie et ma pensée. Ma gloire et mon orgueil, et veux

Choisir pour la nommer enfin ma fiancée Une nuit propice aux aveux.

Elle viendra s'asseoir sur un vieux banc de pierre.

Au fond du parc inexploré, Et me regardera sans baisser la paupière.

Et moi, je m'agenouillerai.

Doucement dans mes mains je presserai les siennes Comme on tient des oiseaux captifs,

Et je lui conterai des choses très anciennes, Les choses des cœurs primitifs.

Elle m'écoutera, pensive et sans rien dire, Mais fixant sur moi ses grands yeux,

Avec tout ce qu'on peut mettre dans un sourire D'amour pur et religieux.

Et ses yeux me diront, éloquences muettes.

Ce que disent à demi-voix Les amants dont on voit les claires silhouettes

Blanchir l'obscurité des bois.

Et sans bruit, pour que seul, oh ! seul, je puisse entendre

L'ineffable vibration, Jusqu'à moi son baiser descendra, grave et tendre

Comme une bénédiaion.

Et quand elle aura, pure, à ma coupable lèvre

Donné le baiser baptismal.

Sans doute je pourrai guérir enfin ma fièvre

Et t'expulser, regret du mal.

Oui, bien qu'autour de moi plane toujours et rôde

L'épouvante de mon passé.

Que mon lit garde encor ta place toute diaude,

O désir vainement chassé.

Je pourrai, je pourrai, Nixe horrible, Sirène,

Secouer enfin la langueur De mes sens et purger, ô femme, la gangrène

Dont tu m'as saturé le cœur.

Ainsi que fait du fard brûlant dont il se grime

L'histrion chanteur d'opéras.

Ou comme un spadassin essuie, après le crime,

L'épée atroce sous son brasl

VE\S LE ToiSSÉ

fONGDEMEXT poursuhn par le spleen détesté, Quand je vais dans les champs, par les beaux soirs d'été.

Au grand air rafraîchir mes tempes, Je ris de voir, le long des bois, les fîaiicés Qieminer lentejnent, deux par deux, enlacés

Comme dans les vieilles estampes.

Car je dédaigne enfin les baisers puérils

Et la foi des seize ans, fleur brève des avrils.

Éphémère duvet des pêches, Qui fait qu'on se contente et qu'on est trop heureux Si la femme qu'on aime a les bras amoureux,

L'àme neuve et les lèvres fraîches..

LE RELIQ UAIRE

Elle est évanouie à jamais, la candeur

Qui fait que l'on s'éprend d'un petit air boudeur

Qui n'est bien qu'à travers le voile, Et qu'on n'a pas de mots assez ambitieux Pour dire à ses amis qu'elle a de jolis yeux

Couleur de bleuet et d'étoile.

Et c'est la fin. Mon cœur, quitté des anciens vœux, Ne saura plus le charme infini des aveux

Et ce bonheur qui vous inonde, Parce qu'un soir de mai, dans les bois, à Meudon, Sur votre épaule avec un geste d'abandon

Elle a posé sa tête blonde.

Et pourtant j'ai connu tout cela; j'ai connu Même ces doux projets de bonheur ingénu

Dont l'âme si bien s'accommode :

L'hiver, le coin du feu, la chambre aux sourds tapis, Et, dans un frais berceau, deux enfants assoupis

Auprès de leur mère qui brode.

Mais cet espoir, hélas ! d'un avenir doré, Ces apparitions, ces rêves ont duré

Le temps d'une aube boréale.

Et mon esprit partit aux pays fabuleux Où l'on pense cueillir les camélias bleus

Et trouver l'amour idéale.

Là, j'ai beaucoup souffert, et j'en reviens meurtri. En d'indignes plaisirs à jamais j'ai flétri

Les saintes blancheurs de mon âme.

Je reviens du rivage où j'avais émigré, Et j'ai le front très pâle; et cependant, malgré

Ce que j'ai souffert par la femme,

Malgré ce cœur brisé, sans espoir et sans foi, Ces débauches qu'on fait à la fin malgré soi

Comme de hideuses besognes, Sans cesse je retourne à mon passé riant. Ainsi qu'aux premiers froids toujours vers l'Orient

Reviennent les blanches cigognes.

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E sais une chapelle horrible et diffamée, Dans laquelle autrefois un prêtre s'est pendu. Depuis ce sacrilège effroyable on a dû La tenir pour toujours aux fidèles fermée.

Plus de croix sur l'autel, plus de cierge assidu. Plus d'encensoir perdant son âme parfumée. Sous les arceaux déserts une funèbre armée De feuilles mortes court en essaim éperdu.

Ma conscience est cette église de scandales; Mes remords affolés bondissent sur les dalles; Le doute, qui faisait mon orgueil, me punit.

Obstiné sans grandeur, je reste morne et sombre, Et ne puis même plus mettre mon âme à l'ombre Du grand geste de Christ qui plane et qui bénit.

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JL^A rue était déserte et donnait sur les champs.

Quand j'allais voir l'été les beaux soleils couchants

Avec le rêve aimé qui partout m'accompagne,

Je la suivais toujours pour gagner la campagne,

Et j'avais remarqué que, dans une maison

Qui fait l'angle et qui tient, ainsi qu'une prison,

Fermée au vent du soir son étroite persienne.

Toujours à la même heure, une musicienne

Mystérieuse, et qui sans doute habitait là,

Jouait l'adagio de la sonate en la.

Le ciel se nuançait de vert tendre et de rose.

ALPHONSE LEMERRE, Libraire-Editeur, 25-31, Passage Choiseul, PAl

DE

François Coppé(

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