‹ Œuvres complètes de François CoppéeChapitre 7 sur 9 · UNE SAINTE · texte numérisé non relu

UNE SAINTE

Les baisers sur les mains froides des vieux parents; La bénédiction tremblante des mourants; Et puis deux orphelins tout seuls, le petit frère Infirme, étiolé, qui souffre et qui se serre, Frileux, contre le sein d'un ange aux cheveux blonds ; La grande soeur, si pale avec ses voiles longs, Qui, la veille, devant le linceul et le cierge, Jurait aux parents morts, à Jésus, à la Vierge, D'être une mère au pauvre enfant, frêle roseau ; Ce sont les petits bras tendus hors du berceau, La douleur apaisée un instant par un conte, L'insomnie et la voix de l'horloge qui compte L'heure très lentement, les réveils pleins d'effrois, Les soins donnés, les pieds nus sur les carreaux froids, Les baisers appuyés sur la trace des larmes. Et la tisane offerte, et les folles alarmes. Et le petit malade à l'aurore n'offrant Qu'un front plus pâle et qu'un sourire plus navrant.

Ce dévoûment obscur a duré dix années.

Beauté, jeunesse, fleurs loin du soleil fanées,

Tout fut sacrifié sans plainte et sans regret;

Et quand, par les beaux soirs, un instant elle ouvrait

A la brise de mai charmante et parfumée

La fenêtre toujours par prudence fermée

Et laissait ses regards errer à l'horizon.

Une toux de l'enfant refermait sa prison.

Elle est libre aujourd'hui.

C'est une pauvre vieille, Toujours en deuU, dévote, ascétique, pareille Aux béguines qu'on voit errer dans le couvent.

Libre ! Pauvre âme simple et douce ! Bien souvent Elle songe, très triste, à son cher esclavage. Et, tout bas, d'une voix sourde, presque sauvage, Elle dit : « Il est mort! » Puis elle s'attendrit. Et reprend : « Il avait déjà beaucoup d'esprit. Quand il était méchant, il m'appelait Madame. Il est mort ! Le bon Dieu l'a pris. Sa petite âme A des ailes. Il est un ange au paradis. Sans quoi serait-il mort ? Quelquefois je me dis Que Dieu prend les enfants pour en faire des ange^. Puis il avait des mots et des regards étranges : Peut-être qu'il était ange avant d'être né? Tes pleurs de chaque jour, ô pauvre condamné. Valent bien tous les longs Oremns qu'on prodigue. Puis un signe de croix était une fatigue Pour son bras. D savait souffrir, et non prier. Il est mort ! Une nuit, je l'entendis crier. J'accourus, je penchai la tête vers sa couche. Et sa dernière haleine a passé sur ma bouche. Et depuis ce temps-là je n'ai plus de gaité. Le lendemain, des gens sombres l'ont emporté. Pauvre martyr! Sa bière était toute petite! J'ai laissé sur son cœur sa médaille bénite. Cela fera plaisir au bon Dieu, n'est-ce pas ? Il est au ciel. Hélas ! est-il heureux là-bas ? Les anges, on se fait parfois de ces chimères. Ont-ils soin des enfants aussi bien que les mères ? Je doute. Pardonnez, Seigneur, à mon regret ! » Et baissant ses grands yeux, où l'âme transparaît, Elle active le cours rhjthmique et monotone De son lent chapelet. Et le soleil d'automne. Qui dore les carreaux de ses rayons tremblants. Met de vagues lueurs parmi ses cheveux blancs.

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OUR aimer une fois encor, mais une seule, Je veuif? libertin repentant, La vierge qui, rêveuse aux genoux d'une aïeule, Sans m'avoir jamais vu m'attend.

Elle est pieuse et sage, elle dit ses prières Tous les soirs et tous les matins,

Et ne livre jamais aux doigts des chambrières Ses modestes cheveux châtains.

Quelquefois, le dimanche, en robe étroite et grise. Elle sort au bras d'un vieillard.

Laissant errer la vague extase et la surprise Linocente de son regard.

Et les oisifs n'ont point de pensers d'infamies Devant ses yeux calmes et doux,

Lorsque dans les jardins, chez les fleurs, ses amies, Elle arrive à ses rendez-vous.

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