LA CHAMBRE
Le colonel suivit son guide pendant quelques minutes à travers un dédale de passages et de chambres fort mal éclairés, mais terriblement gardés. De dix pas en dix pas deux soldats, immobiles comme des pierres mil iaires, arrêtaient leur marche, pour échanger le mot d’ordre avec le colonel Okey ; et, de même que les bornes de la route mesurent la marche des voyageurs, de même le nombre de ces gardes pouvait servir à calculer les craintes du Protecteur, et en donner une espèce d’approximation mathématique. Ce serait une échelle de proportion à établir pour le palais des souverains, et qu’on pourrait appliquer à l’amour du peuple, en calculant celui-ci en raison inverse de l’élévation de l’autre.
Toutefois, ce n’était pas contre la haine populaire que tant de précautions avaient été prises, c’était plutôt contre la curiosité de certains amis et l'attente de tous les partis. Barkstead suivait toujours Okey dans un parfait silence, et bientôt ils eurent gagné la partie de Saint-James opposée à celle où venait d’avoir lieu la réception des députations de la ville de Londres. Enfin, après bien des détours, Okey ouvrit une porte basse et étroite, et introduisit Barkstead et son fils dans une chambre assez spacieuse, dans laquelle se trouvait un lit. Au moment où le colonel entra dans cette pièce, il vit Andlay qui arrivait par la porte principale, ayant prs sans doute un autre chemin que celui que lui avaitfait suivre Okey. Le docteur était toujours dans l’état d’exaspération où l’avait mis le discours du syndic des bouchers. Ce courroux semblait même s’être augmenté pendant le trajet qu’avait fait le médecin, et Barkstead allait le questionner, lorsqu’une voix, partie du lit, les interpella tout à coup. • *
— Hé bien ! mes fidèles, a-t-on débité beaucoup de sottises aux rideaux de velours de ma couche protectora!e?> Je crois sur mon âme, ou sur la vôtre, ou sur celle de mon père , qui doit savoir maintenant s’il en avait une, qu’ils criaient : Vive le Protecteur! Ah! docteur, Cromwell n'a pas besoin de leurs vœux, il vivra bien assez de lui-même. Je veux vivre, docteur, j’en ai besoin !
— C'est donc vous, reprit Andlay indigné, qui avez fait jouer cette comédie, et avez annoncé votre rétablissement , arrivé par l’intercession du Seigneur ainsi que je viens de l'apprendre de vos secrétaires? Et vous avez osé faire répandre dans tout Londres, il y a deux heures, qu’aussitôt que vous m’aviez chassé, l’Esprit- Saint s’était saisi de vous et vous avait soufflé une nouvelle vie. Vous êtes un fou.
— Crois-tu, médecin, reprit Cromwell, que j’aie besoin de toi pour me dicter ma conduite? Silence sur ce qui vient de se passer, docteur, ou le plus malade de nous deux ne sera pas moi.
— A coup sûr, le plus malade de nous deux, c’est vous, milord, de corps et d’esprit ajouta Andlay; aussi ai-je amené Barkstead,, le voici qui vient recevoir vos ordres.
— Demain je Jui parlerai, ajouta Cromwell ; que dis-je, demain? dans quinze ans. Ne me regarde pas ainsi, docteur, avec ta face refrognée ; tu viens jouer ta farce à mon chevet pour me faire peur et m’administrer tes drogues; je n’en veux plus. — Allons, raconte-moi la réception ; qui est-ce qui a parlé?
— Des sots, répondit Andlay furieux.
— Bien î répondit Cromwdl, et le nom des orateurs ?
— Pensez-vous, répliqua Andlay, que je méprise assez la mémoire, le don le plus précieux que le ciel fasse à l’homme qui aime l’étude, pour la charger des noms des gredins qui étaient là?
— J’admire ta colère, reprit en riant le Protecteur; mais d’où te vient-elle ? Est-ce donc manquer aux ordonnances de la médecine, que de s’aviser d’être bien portant à son insu?
— Ah! milord, répondit Andlay, en posant sa tète entre ses mains avec un profond désespoir , vous m’avez déshonoré.
— Parce que je me suis guéri sans toi ; allons ! allons , mon brave docteur! je suis bon ami, je te nommerai doyen des hôpitaux de Londres, console-toi !
— Milord, repartit Andlay avec un calme douloureux, je vous ai remis, il y a treize jours, un paquet cacheté, il n’a pas quitté votre chevet. Veuillez me le remettre, il sera ma justification ; je dois me retirer, je n’ai plus rien à faire ici.
— Te retirer ! s’écria vivement Cromwell , je ne veux pas ; et qui me soignera? Ces mains de fer, dit-il, en montrant les soldats qui gardaient la porte, ma famille qui me hait et qui me trahit. Non, docteur, demeure! Je souffre encore et je puis peutêtre mourir. Mais non, je ne mourrai pas si tu restes... Tu me
sauveras! Andlay, sauve-moi! La vie! la vie ( docteur, il me la faut, j’en ai besoin.
La mort vous fait donc bien peut , milord? dit gravement Andlay.
— La mott ! cria Cromwell, que dis-tu là , misérable? tu ne m’as jamais parlé de la mort... Ah! tu m’as trompé... Mais non, je ne suis que malade, n’est-ce pas, taon bon docteur?... Réponds.
— Pourquoi avez-vous donc fait appeler le colonel Barkstead? demanda Andlay, n’était-ce pas pont Une mission de dernière volonté ?
— On fait son testament à table, entté deux bouteilles de tin, si l’on veut, repartit Cromwell ; je puis bien confier une dernière volonté à Barkstead, quoique je ne sois que malade. N’est-ce pas, docteur? Mais réponds donc, infâme! je lie Suis qüe malade, je ne suis point en danger de taOTt ?
Là voix de Cromwell tremblait en parlant ainsi , et ses yeut hagards décelaient un effroi qui étonnait et affligeait ses amis. Andlay, accablé, ne savait que répondre.
— Que faire? dit-il tout bas à Barkstead.
— Lui dire toute la vérité, répondit celui-ci, également à voix basse.
— Que dites-vous là? s'écria le Protecteur, vous complotez!... Répondez donc. Barkstead, que t’a-t-il dit? c’est un traître ! Okey, emparez-vous de lui, il va partout semant le bruit de ma mort ; il est vendu aux royalistes, il soutient leurs espérances. Entern dèz-vôus ce que je vous dis? éloignez-le! éloignez-le!
— Je vous laisse, dit Andlay avec un mépris mal déguisé, je vôuS laisse entre les mains de l’Esprit-Saint. Rendez-moi l’écrit que je vous ai remis, je souhaite qu’il soit un mensonge, et qu’au lièü d’ètre ma gloire il soit ma honte. Demain, il faut que je le dépose entre des mains qui signeront à quelle heure elles l’ont reçu; donnez, milord, le temps presse.
— Qu’est-ce donc que, cet écrit? reprit Cromwell; tu rte l’auras point, Andlay. C’est quelque infâme perfidie ! je ne te le rendrai point, je veux le connaître.
Aussitôt il chercha avec anxiété sous le coussin qui soutenait sa tète et en retira un papier soigneusement fermé; il allait en briser le cachet, lorsque Andlay s’écria :
— Arrêtez, milord, n’ouvrez pas ce paquët, il gardé un sécret dé mort.
— Un secret rte mort ! dit Cromwell épouvanté, en se mettant ?ur son séant et en laissant tomber le papier devant lui. Ah ! quelque poison subtil, enferpié là, n’est-ce pas, misérable? Saistu quel supplice on garde aux assassins et aux traîtres pour un pareil crime ?
— Milord, répondit Andlay, ce que j’ai déposé sur ces feuilles a été écrit le vingtième jour du mois d'août. Ce jour-là même, ce papier vous a été remis en présence de plus de dix personnes qui l’ont scellé de leurs armes, et demain seulement il devait être ouvert en présence de ces mêmes personnes.
Je sais cela, dit Cromwell. Hé bien I il le sera ce soir, ici même. C’est peut-être le secret d’une conspiration, ajouta-t-il en changeant de soupçon. Fou que je suis ! j’ai gardé ce papier treize jours entiers sans y penser, et cela pour te plaire. Mais je vais apprendre tout de suite...
— Apprendre ce que vous ne deviez pas savoir ainsi, dit Andlay en l’interrompant, et ce que vous n’ètes pas capable d’entendre.
— Qu’est-ce donc, misérable ? cria Cromwell.
— La vérité, milord, répondit le docteur.
— Barkstead , reprit le Protecteur avec une colère extrême , ouvrez ce papier et dites- moi ce qu’il contient. Ah ! sans doute quelque infâme satire sur mon compte, ou bien quelques secrets que j’aurai révélés dans la fièvre. Tiens, Barkstead, prends et lis. Ah ! il me reste la force de te punir, Andlay. Ouvre donc, Barkstead.
— Mais, répliqua le colonel, ce papier est cacheté des armes de gens honorables, et il est écrit sur le dessus : Pour être ouvert en notre présence, le & septembre, quoi qu'il arrive. Les signatures suivent cette suscription ; prenez garde, milord, ceci a toute la sainteté d’un dépôt.
— Veux -tu me dire ce que contient ce papier, Andlay ? dit Cromwell dans une anxiété extrême.
Demandez-le à l’Esprit-Saint, répondit le médecin.
— Imbécile, repartit le Protecteur, qu’importe à ta médecine ce que j’ai lait annoncer au peuple ? Ne vois-tu pas, idiot, que si je meurs, on prétendra que c’est de ma faute parce que je t’ai renvoyé, et que je me soucie de ce qu’on dira de moi aprèg mpi, en fait de prévision, comme du bruit des cloches qui sonneront ; tandis que si j’échappe, le peuple croira de bonne foi que j'ai eu véritablement une conversation avec l’Esprit de Dieu en personne.
et alors, comprends-tu ce que deviendra l’Angleterre sous ma main, m'adorant comme un élu, comme un fils du Seigneur, comme... Ah! ajouta-t-il, en s’interrompant lui-mème... si j’y avais pensé plus tôt, il y avait de quoi s établir prophète .. ah! ah! continua-t il en riant, ce serait singulier... mais non, c’est assez. Oh ! que cette nouvelle me réussisse, et l’Angleterre est à moi, et le monde est à l’Angleterre !
Andlay et Barkstead contemplaient Cromwell avec admiration, car alors il portait sur son front chauve et nu l’auréole de sa volonté puissante et active. Son œil vibrait, ses larges narines aspiraient l’air avec force ; il continua :
— Crains-tu maintenant, docteur, que je t'aie déshonoré en disant que je t’ai éloigné de moi parce que j’ai pris le bon Dieu pour médecin! es-tu jaloux de ce rival-là? Allons, calme-toi, vieux fou, et dis-moi ce qu’il y a dans ce papier.
— Un oracle comme le vôtre, milord, dit Andlay, et l’on saura dans quelques heures lequel est menteur du vôtre ou du mien.
— Et que dit il donc, ton oracle ? repartit Cromwell, reprenant sa colère ; infâme histrion qui cherches à me tromper ; cœur sans foi ni probité, que dit-il donc de si contraire au mien?
— 11 dit, répliqua Andlay d’une voix solennelle, que le 3 septembre, avant minuit sonné, Cromwell , Protecteur de la Grande- Bretagne, sera mort !
— Dit il cela ? s'écria Cromwell en s’attachant avec force à ses couvertures, droit et immobile sur son séant, la bouche entr’ouverteet les lèvres agitées d’un tremblement effrayant: Barkstead, ouvre ce papier et lis-en le contenu . oh 1 je ne peux pas mourir ainsi... Mourir! mourir* répétait-il d’une voix déchirante; non, Andlay, tu me trompes, tu te venges; tu n’as pas prévu cela, ce n’est pas vrai... réponds.
Le médecin garda le silence. Cromwell, plus furieux, continua:
— Et pourquoi, misérable, as-tu prévu que je pourrais mourir? infâme scélérat, quel démon t’a poussé à faire cette supposition? on t’a payé, hypocrite, pour la faire. Tu as vendu le secret de ma vie à mes assassins ! tu as osé dire que je pouvais mourir.
— Ecoute donc, s’écria le docteur avec la même solennité et en prenant le papier des mains de Barkstead, jamais homme ne sacrifia à un homme plus que je fais en ce moment. Ecoute, c’est l'immortalité d’un nom que je dépose en offrande sur ta tombe, car ceci , demain , eût semblé une révélation au monde entier ;
non pas une de ces menteuses et fausses comédies que tu jpues, mais le résultat de l’étude la plus sincère et la plus profonde. Et maintenant j'en détruis toute la puissance, pour toi seul et daps ton intérêt ; je la détruis pour que tu ne sois pas saisi, comme un soldat sans armes, par son ennemi ; pour que tu saches enfin qu’il faut que tu te prépares à quitter cette terre sur laquelle tu as pesé si lourdement. Je la détruis, Cromwell, afin que ce mensonge dont tu te berces toi-même, que l’on te trompe sur ta vie pour te dominer et te conduire , s’efface de ton esprit, et que tu puisses faire les derniers actes d'un homme : prier et ordonner.
Tous se serrèrent près de la couche de Cromwell, le docteur au chevet, Okêy et Barkstead debout près de lui, et le jeune Richard plus éloigné, tout à fait au pied du lit ; le Protecteur, toujours assis, s’était tourné vers le docteur. L’effroi qui l’agitait avait quelque chose de triste à voir ; c’était une cruelle déception , pour eux qui l’avaient aimé et admiré, que cette épouvante qui bouleversait son visage. La lampe, suspendue au plafond, jetait une clarté à peine suffisante pour cette lecture. Andlay brisa le cachet, l'attention devint plus extrême, un profond soupir s'échappa de la poitrine du Protecteur. Andlay lut:
«Le 15 juillet 1658, appelé à donner mes soins à Olivier Cromwell, protecteur de la Grande-Bretagne, j’ai conçu le projet d’établir que l’art divin de la médecine est une science dont le pouvoir est basé sur les plus profondes connaissances de Tàme, mises en rapport avec l’appréciation la plus exacte du corps.»
Ce préambule étonna les auditeurs. Cromwell devint attentif, Andlay suivit sa lecture:
« Jamais plus illustre exemple ne pouvait appeler les regards du monde, je l’ai donc choisi comme le plus invincible qu’on pût opposer aux incrédulités des ennemis de l’art médical. »
— Hum! dit Cromwell, voyons!... — Andlay continua:
« J’observais le Protecteur, je reconnus en lui un esprit intact et une volonté ferme; mais je vis en même temps que ces nobles qualités n’habitaient plus qu’un corps usé.»
— Diable ! murmura Cromwell, après î — Le docteur pour suivit :
• «J’en recherchai les causes. Le cœur haletant, le front ridé et la face amaigrie portaient l’empreinte de ces chagrins qui ont, pour jamais , séché la source de l’existence. Je fus assuré que le puissant Cromwell avait passé de longues nuits le cœur brisé et
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les yeux en pleurs, cherchant à qui donner une part du pouvoir qui l’entoure pour un peu d’amour et de reconnaissance. Je compris que la douleur avait tué Cromwell plus que le travail: car le travail et le génie ont toujours, durant sa vie, trouvé dans le succès leur récompense, et par conséquent leur régénération ; tandis que les affections de l’homme, refoulées en lui par l’ingratitude et la trahison, l’ont séché comme une flamme intérieure. »
Le visage de Cromwell se peignit d’une singulière émotion à ce passage. Andlay lut encore : »
« Je cherchai alors où était la maladie du Protecteur, et je reconnus qu’elle n’était qu’un dépérissement occasionné par une cruelle mélancolie, qui procédait, à pas lents, par la décomposition du corps, à la destruction du plus puissant esprit du monde, comme fait le ver qui perce lé chêne immense des forets, et le tue incessamment. J’épiai la marche de la maladie; je la suivis pas à pas, jour à jour, heure à heure ; je pesai dans ma main ce qu’elle arrachait par minute à la vie du chef du peuple anglais; et, après trente-cinq jours d’observation, je prononce aujourd’hui, 20 août 1658, que Cromwell, dévoré de déceptions et d’ennui, sans autre cause de maladie que le soupçon, les regrets, l’impuissance et le dégoût, sera usé jusqu’à son dernier souffle et sa dernière puissance de sentir, et qu’il sera ainsi tué et mort avant que l’heure de minuit du troisième jour de ce piois de septembre ne soit sonnée. »
La lecture était achevée, et un morne silence régnait dans la chambre. C’est à peine si Barkstcad osait lever les yeux sur le Protecteur. L'aspect de ses craintes lui déchirait plus le cœur que l’idée même de sa mort. Il s’attendait à de nouveaux cris, à des larmes et des fureurs ; il s’avança vers lui :
— Quelle heure est-il? demanda Cromwell d’une voix calme.
— Huit heures, répondit Okey.
— C’est bien ! nous n’avons pas de temps à perdre, répliqua le malade. Okey, va prévenir ma femme et mes enfants que je veux les voir dans une heure. Docteur, il fallait me dire cela plus tôt. Au reste, Andlay, je te remercie, ceci est l’œuvre d’un génie profond. C’est une bien remarquable prévision, et pourtant l’étonnement que cela eût causé n’eût tenu qu’à l’ignorance où l’on est de ton art. Il doit .avoir, comme toute chose, des règles et des lois reconnues dans la nature, et d’après lesquelles on peut dire certainement ce qui arrivera le lendemain : car, moi aussi, j’ai de-
LES DEUX CADAVKES.
viné dans tua vie, deviné, à une heure près, la marche d’une armée et la chute d’un pouvoir. Puis, s’animant, il continua: — Il ne faut pas être si fier, docteur, d’avoir prévu que je mourrais aujourd’hui : car enfin, tu observais sur un corps, sur une substance qui tombe sous l’œil et sous la main, tandis que moi, je n’ai regardé et n’ai pu voir que des symptômes qui ne sont saisissables qu’à l’esprit, et pourtant, si je voulais prédire, moi ! je ne parlerais ni d’un homme, ni de quelques jours ; je te prophétiserais le destin de tout un peuple, et j’embrasserais des années d’avance. Mais je déposerai aussi quelque part la preuve de cette prévoyance, et tu jugeras alors si tu dois pleurer si fort ce que tu appelles ta gloire perdue, en comparant ta science à la mienne.
— Une toise n’ajoute rien à la hauteur d’un clocher élevé comme celui de Westminster, mais un pied grandit de beaucoup la quille qui n’a que six pouces de haut, milord, repartit le docteur. Cependant il importe peu maintenant, le sacrifice est fait, je n’y pense plus, je n’ai pas tout perdu, et je viens d’apprendre un secret du cœur de l’homme, que je soupçonnais depuis longtemps.
— Lequel? dit Cromwell.
— C’est combien la certitude donne de courage.
— Ne va pas trop loin, Andlay, ce changement tient peut-être plus à mon caractère particulier qu’à l’humanité en général. Toutes les fois qu’il m'a fallu décider quelque chose, j’ai bataillé avec moi-mème, tant que j’ai pu ; mais une fois mon parti pris , j’ai marché haut et droit. Tu me pardonneras peut-être bien d’avoir un peu biaisé avec la mort; mais c’est fini, n’en partons plus.
Okey rentra dans la chambre en ce moment ; il annonça que la famille de Cromwell se rendrait à ses ordres. Le malade lui fit signe d’éloigner les soldats qui étaient à la porte de la chambre immobiles et muets, et Barkstead, Okey, Andlay et Richard demeurèrent seuls avec le Protecteur.