‹ Œuvres completes de Gerard de Nerval precedee d'une noticeChapitre 33 sur 66 · QUINTUS A U CL EK · texte numérisé non relu

QUINTUS A U CL EK

négligés... Quant à Jupiter, il est trop grand pour se souvenir des outrages. Il suffit de lui consacrer les plantes et les pierres qui lui appartiennent : le chêne et le peuplier, le lis et la jusqtiiame, l’hyacinthe et le béril. Saturne aime le plomb et l’aimant, et, parmi les herbes, l’asphodèle. Vénus a la violette, la verveine et le polithricon ; son métal est le cuivre ; scs animaux sont le lièvre, le pigeon et le passereau. Quant à Apollon , il a toujours eu, comme on sait, une influence particulière sur le coq , sur l’héliotrope et sur l’or. — Tout se suit ainsi ; il n’est rien dans les trois règnes de la nature qui échappe à l’influence des dieux; les libations, les consécrations et sacrifices se composent donc d’éléments analogues à l’influence de chaque divinité.

Les divinités placées dans les astres n’agissent pas seulement sur les diverses séries de la création, elles président en outre aux destinées par les conjonctions de leurs astres , qui influent sur le sort des hommes et des peuples. — 11 serait trop long de suivre l’auteur dans l’explication des triplici tés et des cycles millénaires qui minent les grandes révolutions d’empires. Toute cette doctrine platonicienne est connue, d’ailleurs, depuis longtemps.

Plusieurs philosophes de cette époque suivirentQuintusAucler dans cette rénovation des idées de l’école d’Alexandrie. C’est vers la même époque que Dupont (de Nemours) publia sa Philosophie de /’ univers , fondée sur les mêmes éléments d’adoration envers les intelligences planétaires.

Il établit de la même manière, entre l'homme et Dieu, une chaîne d’esprits immortels qu’il appelle optimales et avec lesquels tout illuminé peut avoir des communications. C’est toujours la doctrine des dieux ammonêens, des éons ou des é/otms de l’antiquité. L’homme, les bêtes et les plantes ont une monade immortelle, animant tour à tour des corps plus ou moins perfectionnés, d’après une échelle ascendante et descendante, qui matérialise ou déifie les êtres selon leurs mérites. IJaller, Bonnet, Leibnitz, Lavater avaient précédé l’auteur dans ces vagues suppositions. Elles semblaient, du reste, si naturelles alors,

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que Dupont (de Nemours), président du Conseil des Anciens, en entretenait parfois l’assemblée, ou en faisait l’objet des séances de l’Institut.

Le premier livre de Senancourt, qui depuis se réfugia dans le scepticisme de Lucrèce, contenait un système tout pareil, qu’il fit disparaître avec soin des éditions suivantes.

Nous n’avons plus à citer que Devisme parmi ceux qui méritent quelque attention. Ses idées se rapprochent beaucoup plus du christianisme et reproduisent presque entièrement la doctrine de Swedenborg, qui a conservé en France des adeptes fidèles ; ces derniers forment une petite Église à la tête de laquelle on a vu quelque temps Casimir Broussais.

L’école particulière de Quintus Aucler survivait encore en l’an 1 821 , si l’on s’en rapporte à un ouvrage intitulé Doctrine céleste , d’un nommé Lenain, qui paraît avoir obscurément continué le culte des dieux dans la ville d’Amiens.

Quant à l’hiérophante lui-même, il n’a publié que ce seul livre intitulé la Thréicie, titre qu’il avait emprunté au surnom donné par Virgile à Orphée : Threïcius pâtes. C’est, en effet, la doctrine des mystères de Thrace que Quintus Aucler propose aux initiés. Ce théosophe était né à Argenton (Indre); il est mort à Bourges, en 1814, repentant de ses erreurs, si l’on en croit les vers très-faibles d’une brochure intitulée /’ Ascendant de la religion , ou Récit des crimes et fureurs d'un grand coupable , qu’il publia en 1813.

Ainsi se termina la vie du dernier païen. Il abjura ces dieux qui, sans doute, ne lui avaient pas apporté au lit de mort les consolations attendues. — Le Nazaréen triompha encore de ses ennemis ressuscités après treize siècles. La Thréicie n’en est pas moins un appendice curieux au Misopogon de l’empereur Julien.

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Dædalus interea Creten, longumque perosus Exilium, tactusque soli natalis amore,

Claiisu s erat pelago. — Terras licet, inquit, et u/idas Obstruât; at certc cœlum patet : ibimus illac...

C’est en ces termes qu’Ovide commençait l’histoire de la première tentative qui, selon lui, avait été faite pour s’élever dans les airs. Dédale et son fils, après avoir bâti le labyrinthe, s’ennuyèrent dans l’île de Crète, dont le roi voulait les retenir, et, se voyant séparés par la mer de la Sicile, leur pays natal, se dirent : « La terre et les ondes s’opposent à notre passage... mais le ciel est ouvert : nous irons par ce chemin ! »

Est-ce bien là l’origine véritable de l’aérostation ? La Bible nous apprend qu’Élie s’éleva au ciel sur un char de feu ; mais ceci doit être considéré comme un miracle. Remontons au déluge. On sait que, dans les derniers temps qui le précédèrent, les enfants de Tubal-Caïn avaient fait tant de découvertes prodigieuses, qu’ils étaient devenus pareils à des dieux ( éloïm ). M. de Lamartine, d’après une légende du Talmud, consacre de beaux vers à une certaine invention qui se rapproche beaucoup de celle qui nous occupe.

11 est inutile de citer le passage. M. de Lamartine a décrit en vingt alexandrius un appareil composé d’un vaste soufflet soutenu par un aérostat, et qui, par un mécanisme d’aspiration et d’expiration , souffle dans une voile qui fait marcher le tout contre le

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vent même, par une force plus grande imprimée par le soufflet. L’homme qu’il peint dirigeant cet aérostat est assis sur ce double poumon. La forme poétique a peut-être ôté quelque chose à la précision descriptive d’un tel appareil ; cependant, on en comprend l’idée.

Quelques auteurs aventureux ont supposé que les olympiens, qui habitaient les cimes de l’Ida , de l’Olympe et du Parnasse, — à peu près comme les seigneurs féodaux du moyen âge bâtissant des tours sur les montagnes, — avaient trouvé le moyen de descendre de ces hauteurs et d’étonner les populations ignorantes au moyen d’appareils aériens. Les poètes grecs et latins en ont donné même des descriptions matérielles, et parlent soit d’ailes, soit de chars légers attelés d’oiseaux.

Il y a des textes précis qu’il serait trop long de rapporter, mais qui indiquent que les femmes de Thessalie, inculpées de magie généralement, descendaient du haut des monts sür un appareil formé de deux ballons gonflés par la fumée, qui les soutenaient par les épaules à peu près comme ceux qu’on gonfle d’air pour maintenir sur l’eau les faibles nageurs.

Simon le Magicien trouva aussi un moyen de voler dans l’air; mais saint Pierre, dit-on, détruisit l’effet de ce prodige, et Simon se cassa le cou en tombant.

Le cheval Pégase volait peut-être à la manière du cheval de M. Poitevin.

Tout le monde a lu, dans les Mille et un Jours , la description d’une sorte de caisse inventée par un musulman, qui, à l’aide de cet appareil, s’en va visiter la fille d’un roi de Perse. Elle le prend pour Mahomet, et finit par le présenter à son père, qui est flatté d’un tel mariage pour sa fille.

Le jour des noces, le musulman veut faire aux yeux de tout le peuple une apparition flamboyante ; malheureusement, un des péjards met le feu à la caisse, qui se consume et prive le malheureux inventeur du bénéfice de sa conception.

Oh a cité, 563 ans avant notre ère, le Scythe Abaris, qui parcourait les airs sur une flèche d’or, présent d’Apollon;

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manière de voyageur qui ressemble assez à celle des sorcières allant au sabbat.

Les Capnobates, peuple de l’Asie Mineure, dont le nom signifie marcheurs par la fumée , avaient trouvé le moyen de s’enlever à l’aide de l’air raréfié par le feu.

Les sauvages de la Caroline ont une tradition qui semble impliquer la connaissance des aérostats ; ils croient à l’existence d’esprits célestes, bienfaisants et malfaisants ; un de ces esprits femelles, étant descendu sur la terre pour accoucher, donna le jour à trois enfants : * Elle trouva la terre aride et infertile; elle la couvrit d’herbes, de fleurs, d’arbres fruitiers, et la peupla d’hommes raisonnables. Au commencement, les hommes ne connaissaient pas la mort, mais un mauvais esprit qui se faisait un supplice de leur bonheqr la leur procura. Un des esprits bienfaisants eut un fils. Oulefat (c’était son nom) apprit que son origine était céleste ; il fut impatient de voir son père, et il prit son vol vers le ciel. Mais à peine élevé dans les airs, il retomba sur la terre. Cette chute le désola : il pleura amèrement sa mauvaise destinée, toutefois sans se désister de son premier dessein. U alluma un grand feu, et, à l’aide de la fumée, il fut porté une seconde fois en l’air, et parvint à jouir des embrassements de son père céleste. » Ceci ressemble plus aux montgolfières que le javelot d’Abaris.

On arrive encore à la fameuse colombe d’Archytas, philosophe pythagoricien qui vivait à Tarente 360 ans avant l’ère chrétienne. 11 avait inventé le cerf-volant pour les plaisirs des jeunes Tarentins, dont il trouvait les divertissements ordinaires trop brutaux et trop dangereux; puis, continuant ses travaux , il avait construit une colombe qui volait seule, mais qui, une fois à terre, ne pouvait plus se relever. Nous la plaçons parmi les aérostats à cause de cette phrase d’Aulu-Gelle : Ita erat libramentis suspensurn et aura spiritus inclusa atque occulta concitum. Elle était suspendue par des poids qui la tenaient en équilibre, et ihue par le souffle de l’air (du gaz) renfermé et caché. — Ce qui fortifie notre assertion, c’est l’o-

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pinion de Scaliger, discutant contre Cardan, et conseillant de construire une colombe pareille à celie d’Archytas. Ve.tiçulis ainicfa aut pelliculibus < /uibus atiri bracleatores nut foliatorcs utuntur : Avec de la membrane de vessie ou avec cette peau très-fine dont usent les batteurs d'or. — Le père Laurette Laure, qui a beaucoup disserté sur la colombe d’Archytas, a écrit ces paroles, qui sont bien près de la découverte de Montgolfier : « Si l’on expose aux rayons du soleil des œufs vides et contenant de la rosée du matin bien renfermée, ils s’élèvent en l’air et ils s’y soutiennent pendant quelque temps. Si donc on choisissait des œufs des plus grands cygnes, ou que l’on fît des sacs d’une peau très-mince, bien cousus, et qu’on les remplit de nitre, de pur soufre, de vif-argent ou de quelque autre matière semblable qui se raréfie par la chaleur, il faudrait les revêtir extérieurement, conformément à la figure des co/om- ’ bcs, et, en les exposant au soleil, ces colombes artificielles imiteraient peut-être le vol des naturelles. Si l’on veut que la colombe soit grande et pesante, employons le feu, adhibeamus ignem. » Mais comment et pourquoi? Le père Laurette ne le dit pas.

Archytas eut, dit-on, un émule, au xv' siècle, dans Jean Muller, astronome franconien, surnommé Regiomontanus , parce qu’il était né à Kœnigsberg [montagne du roi). Il avait fabriqué, au dire de Gassendi son biographe, une mouche de fer volante et un aigle qui plana sur la tète de l’empereur.

Il y eut ensuite à Constantinople, du temps de l’empereur Manuel Comnène , c’est-à-dire au xn' siècle , « un Sarrasin qui passait d’abord pour magicien, mais qui ensuite fut reconnu pour fou. Ce Sarrasin, dit Y Histoire de Constantinople par M. Cousin, monta de lui-même sur la tour de l’IIippod rouie. Cet imposteur se vanta qu’il traverserait , en volant, toute la carrière. Il était debout, vêtu d’une robe blanche fort longue et fort large, dont les pans retroussés avec de l’osier lui devaient servir de voile pour recevoir le vent. Il n’y avait personne qui n’eût les yeux fixés sur lui et qui ne lui criât sou-

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vent : « Vole, vole, Sarrasin, et ne nous tiens pas si longtemps » en suspens tandis que tu pèses le vent. » L’empereur, qui était présent, le détournait de cette entreprise vaine et dangereuse. » Le sultan des Turcs, qui se trouvait en ce moment à Constantinople, et qui était aussi présent à cette expérience, se trouvait partagé entre la crainte et l’espérance; souhaitant d’un côté qu’il réussit, il appréhendait de l’autre qu’il ne périt honteusement. « Le Sarrasin étendait quelquefois les bras pour recevoir le vent; enfin, quand il crut l’avoir favorable, il s’éleva comme un oiseau ; mais son vol fut aussi infortuné que celui d’Icare, car, le poids de son corps ayant plus de force pour l’entraîner en bas que ses ailes artificielles n’en avaient pour le soutenir, il se brisa les os, et son malheur fut tel, que l’on ne le plaignit pas. »

« Au xv* siècle, un nommé Jean-Baptiste Dante trouva le ^ secret de voler dans les airs à une hauteur prodigieuse. Il est vrai qu’une fois le fer avec lequel il dirigeait une de ses ailes s’étant cassé , il tomba sur l’église de Notre-Dame de Pérouse, mais il en fut quitte pour avoir la cuisse cassée. Cet accident lui valut la chaire de mathématiques de Venise, où il mourut à l’âge de quarante ans. » ( Dictionn . de physique du P. Paulian, art. Dante.)

Cyrano de Bergerac, cet humoriste si spirituel et si inventif, aimant les conceptions de la physique, dans un Voyage à la Lune écrit dans le style dit macaronique, à l’imitation des Italiens, décrit ainsi la machine dont il a l’idée :

« Voici comment je me donnai au ciel. J’avais attaché autour de moi quantité de fioles pleines de rosée, sur lesquelles le soleil dardait ses rayons si violemment, que la chaleur qui les attirait, comme elle fait les plus grosses nuées, m’éleva si haut, qu’enfinje me trouvai au-dessus de la moyenne région; mais, comme cette attraction me faisait monter avec trop de rapidité, et qu’au lieu de m’approcher de la lune , comme je le prétendais, elle me paraissait plus éloignée qu’à mon parlement, je cassai plusieurs de mes fioles, jusqu’à ce que je sen-

tisse que ma pesanteur surmontait l’attraction et que je redescendais vers la terre : mon opinion ne fut pas fausse, car j’y retombai quelque temps après. »

Dans sa Relation des États du Soleil , etc., il décrit une autre machine qu’il appelle un oiseau de bois.

Swift, esprit de la même trempe , a décrit aussi une sorte d’ile qu’il appelle Lapula, et qui plane par des procédés électriques.

Le livre des Homines volants a été encore conçn par nn Anglais nommé Pierre Wilkins. Restil de la Bretonne l’a imité , et tout le monde a vu les gravures qui représentent un homme nommé Victorin s’élevant sur deux ailes de chauve-souris s’ouvrant et se fermant à la faveur d’un mécanisme et guidant l’inventeur dans les contrées les plus éloignées de nous.

Ufie tradition rapporte que, sous Louis XIV, un nommé Allard, dont la profession étâit de danser sur la corde, se vanta de pouvoir voler. La cour était à Saint- Germain en Laye. Ce fut le théâtre qu’il choisit pour son expérience. Il se mit des ailes dont j’ignore la structure, et s’élança devant le roi et la cour de dessus la terrasse de Saint-Germain; son dessein était de s’abattre dans un endroit de la forêt qu’il avait désigné , mais il tomba auparavant et se blessa très-grièvement.

« Olivier de Malmesbury, savant bénédictin anglais et bon mécanicien , entreprit de voler en s’élevant du haut d’une tour ; mais les ailes qu’il avait attachées à ses bras et à ses pieds n’ayant pu le porter qu’environ cent vingt pas, il se cassa les jambes en tombant , et mourut à Malmesbury en 1060. »

Le jésuite Pierre Lana, dans son Prodromo <t ell artè maestro , publié en 1670 à Brescia, donne la description d’une barque volante, suspendue à quatre globes composés de légères lames métalliques, et dont on pomperait l’air pour les rendre plus légers qu’un égal volume d’air atmosphérique. Un Français, nommé Besnier, lit paraître dans le Journul des savants de 1676 la description d’une machine pour voler . Bo-

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