‹ Œuvres complètes de Gustave FlaubertChapitre 113 sur 202 · LES FÉES · texte numérisé non relu

LES FÉES

Oh! ce n'est pas rare, cela; et sur la quantité...

LÀ REINE

Je veux dire deux amants d'une ardeur et d'une pureté plus qu'humaine et dont l'un soit capable de mourir pour l'autre, sans avoir même l'espérance d'une larme sur sa tombe.

LES FÉES, se récriant.

Oh ! oh ! oh ! Et où les trouver?

LA HEINE

Je l'ignore. Ils peuvent être là, tout près, comme à Tautre bout du monde, sous des haillons ou sur un trône. Fouillez partout, dans les villes, les déserts et les bois, et du bord des plages au sommet des monts. Ne négligez rien, allez! (Brait do pas dans u couiuso.)On vient, cachons-nous. Des yeux mortels ne doivent pas nous voir!

Lo soleil peu à peu s'est levé et, à travers lo brouillard, il laisse voir à droite une cabane, au fond d'un massif d'arbres. Au bruit des pas qui se rapprochent, les Fées disparaissent, les unes dans les troncs des arbres voisins, d'autres plongent dans le lac, d'autres s'évanouissent dans le brouillard.

SCEiNE m.

LE PÈRE THOMAS, LA MÈRE THOMAS, paysans

DES ENVIRONS DE ParIS; DOMINIQUE, LEUR FILS, avec une vieille livrée; M. PAUL, en costume do voyage fané, un crêpe à son chapeau; il a l'air fort accciblé.

LE PÈRE THOMAS

Du courage, mon bon monsieur Paul!

LA MÈRE THOMAS

Allons, il faut vous mettre en route pour Paris et ne pas négliger vos affaires ; quelques lieues de marche, ce n'est pas le diable I

PAUL

Oui, je serai fort, je vais partir.

PREMIEll TABLEAU -SCÈNE III. 463

LE PÈUE THOMAS.

Oh! rien ne presse.

LA MÈRE THOMAS, à part, désignant «on mari.

Imbécile, va!

PAUL

Merci, mes braves gens; mais quant à user plus longtemps de votre hospitalité...

LE PÈUE THOMAS, à part.

Ah! enfin, il comprend!

DOMINIQUE

Elle n'était pas digne de vous, c'est vrai! et je m*étonne que Monsieur ait consenti à la subir. Puisque l'ancien régisseur de Monsieur, ce misérable, n'a pas eu le cœur de vous offrir un appartement dans le château, c'était bien la peine de venir ici pour écouter la kyrielle de ses maudits comptes. En vérité. Monsieur n'est pas heureux depuis quelque temps.

PAUL, rayant.

Oui, c'a été comme une conjuration... un acharnement du hasard; la mort subite de mon père, des dettes anciennes qui se présentent, une ruine complète enfin, sans qu'on puisse en saisir la cause ni accuser personne.

DOMINIQUE, sanglotant.

Quel guignoni Nous menions une si belle vie à voyager ensemble tous les deux!

PAUL

Calme-toi, bon Dominique, et ne parle plus du

temps récent et déjà loin où nous vagabondions pour mon plaisir à travers les Indes et TOrient. Plus de regrets! Il va encore falloir se lancer dans le monde, mais pour y chercher fortune, (n rôvo.)

LE PÈRE THOMAS

Le difficile, c'est de l'attraper.

PAUL

Bah! avec du courage! (se tournant yen Dominique.) Et

puis, tu ne m^abandonnes pas.

DOMINIQUE

Oh! non, non! J'ai confiance en Monsieur ; je Tai vu à l'œuvre. N'importe! Ce serait le cas, si Monsieur veut le permettre, d'avoir à notre service quelques-uns de ces génies bienfaisants dont vous étiez si curieux là-bas! En avez-vous consulté de ces magiciens de toutes les couleurs, en robe verte, en robe jaune, en robe bleue, en manteau bariolé, sans compter ceux qui n'avaient pas de chemise I Et on aurait dit vraiment que vous croyiez à toutes leurs fariboles.

PAUL

Peut-être! pourquoi pas?... Mais je n'ai que trop tardé, adieu!...

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