‹ Œuvres complètes de Gustave FlaubertChapitre 114 sur 202 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Lis Précédents, JEANNE.

LÀ HÈRE THOMAS

t-ce que tu viens faire ici, toi, fainéante?

PAUL, affligé.

<^CDmme vous la traitez I

LA MÈRE THOMAS

^ ^He^-vous pas la défendre, monsieur Paul? Après ^o\>\.i "Voijis avez raison, allez : elle a assez parlé de ssS^ l^^ndant votre voyage.

PAUL

^^txxinent, ma mignonne, tu ne m'avais pas oublié ! '^^ pensais à moi?

LA MÈRE THOMAS

Si elle y pensait, bonté divine! Figurez-vous que

depuis cinq ans elle parlait de vous continuellement :

ff Où est-il? Quand reviendra-t-il? » Elle demandait de

vos nouvelles à tous les rouliers qui passaient, et

quand le vent soufflait sur le lac, elle avait peur pour

votre navire.

LE PÈRE THOMAS, ToaUnt chasser Jeanne qui s'est rapprochée.

Ça ne te regarde pas. A l'ouvrage !

PAUL

Comme tu as grandi! Te voilà une belle fille,

166 LB CHATEAU DES CŒUllS.

•mainlenanll Yeux-lu que je t'embrasse? (BUe baisse u

tête.)

Avance donc, nigaude!

JEANNE, présentant son front timidement, et d'une yoix émae :

Vous allez partir?

PAUL

Oui, chère petite. Il le faut! (n rembrasso.)

JEANNE, s'avançant ycrs son frère.

Adieu aussi, toi! (se tournant vers le père et la mère.) Car

il suit Monsieur! U me Ta promis!

LA MÈRE THOMAS, à part, i Dominique.

Tout ruiné qu'il est?

DOMINIQUE, ipart.

Nous attendons des héritages!... Et puis... et puis...

LA MÈRE THOMAS, à part.

Défie-toi I

DOMINIQUE, i part.

D'ailleurs, il sera toujours temps de le planter là, s'il ne réussit pas. On parlera de moi comme d'un serviteur modèle. Ça pose...! Et avec une ou deux réclames dans les journaux... de sport... J'ai pour amis des auteurs!

LE PÈRE THOMAS

Au moins, envoie-nous de temps en temps...

DOMINIQUE

Imi)ossibleI Mes capitaux sont... seront engagés. Nous connaissons des gens de Bourse!

PREMIliR TABLEAU. — SCÈiNK IV. 467

LA MÈRE THOMAS, avec admiration.

Quel gaillard !

DOMINIQUE

Mais dès que j'aurai une position sérieuse...

LE PÈRE THOMÂS9 s'épanoaissant.

Ahl

DOMINIQUE

Je VOUS donnerai de mes nouvelles I

LA MÈRE THOMAS

Soigne-toi bien, au moins I

DOMINIQUE

Moi avant tout! C'est un principe I

LE PÈRE THOMAS

Et ne te ruine pas le tempérament avec tes particulières en falbalas.

DOMINIQUE

Allons donc! On est revenu de ces folichonneries. Le positif! Je ne sors pas de là!

LA MÈRE THOMAS

A-t-il de l'esprit!

Et maintenant, les anciens, bonsoir, bon appétit et

bonne santé! (n embrasse lo père.) Et d'une! (n embrasse la

mère.) Et de deux! C'est fini! Embarqué!

PAUL

Malgré ma détresse, il veut me suivre : vous le voyez !

DOMINIQUE

Oh! tant qu'il y en aura pour vous, je me contente ! Vous ne pouvez pas vivre sans valet de chambre! C'est indécent! Je ferai retourner ma livrée, mettre un galon neuf à mon chapeau, et nous ferons encore belle figure, saperlottel Monsieur, à vos ordres !

JEANNE, santant au cou de son frère.

Oh! mon bon frère!

LE PÈRE THOMAS, A Dominique.

Prends garde !

DOMINIQUE

Oui! oui!

LA MÈRE THOMAS

Écoute donc !

DOMINIQUE, 8'éloignant.

N'ayez pas peur.

LE PÈRE THOMAS

Reviens !

DOMINIQUE

On se reverra !

LA MÈRE THOMAS

Mon pauvre fils!

DOMINIQUE

Je vous écrirai ! (n a disparu.)

•PAUL, au père et à la mère.

Je ne puis le retenir. Adieu! adieu! Rassurezvous. Nous allons faire fortune, (ii wrt)

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