‹ Œuvres complètes de Gustave FlaubertChapitre 117 sur 202 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LE GABARETIER: PAUL, DOMINIQUE, couvert, de

poussière, fatigués et assis devant une table où sont uno bouteille de Yfu, deux verres, un encrier et un paquet de lettres cachetées.

DES 3IARAIGHERS, partant pour la halle.

Adieu, père Michel!

LE GABARETIER.

Bonne chance, les enfants! (a paui et à Dominique.) Et à présent que vous êtes servis, messieurs, vous excuserez, mais comme il est encore grand matin et que je n'attends plus de monde, je reprends mon somme, (a

monte dans son comptoir, appuie sa tfttc sur ses deux mains et s'endort.) PAUL, montrant à Dominique le paquet de lettres.

Ainsi tu comprends : à peine arrivé, tu les distribueras !

DOMINIQUE, prenant les lettres.

Entendu! (n lit au fur et à mesure.) A monsicur Ic vicomte

Alfred de Cisy!... Bon! en \oilà un dont vous avez souvent payé les dettes! Mais son adresse?

PAUL

Tu la demanderas au Club !

DOMINIQUE, continuant.

A monsieur Onésime Dubois, peintre, rue de l'Abbaye! Lui en avez-vous acheté de ces croûtes, à celuilà! Au professeur Letourneux, membre de plusieurs sociétés religieuses et philanthropiques. Connu! c'est votre père qui Ta présenté partout à Paris ! . . . Au docteur... Golombel.

PAUL

Le médecin de la famille, tu sais !

DOMINIQUE

A monsieur Bou... Bou... Bouvignard...

PAUL

Eh! oui! l'amateur de vieilles faïences!

Ah! ce petit maigre qui venait toujours à l'heure du déjeuner, suffit!... A monsieur Macaret, en son usine; il a été bien heureux de trouver certains écus,

quand il s'est établi! (H feuillette le paquet on marmottant.)

Bien! bien! je connais les rues, je vois ça!... Ah! comme vous en avez de ces amis, des pairs de France, des banquiers, des savants, des artistes, Paris entier!

PAUL, soupirant.

Après cinq ans d'absence, ils m'auront oublié peut-

être!... Heureusement qu'il y a des bons!... Aussi!... (Désigaant les lettret.) fais-eu deux parts. Celles-là d*abord, les autres ensuite!

LE GABARETIER, se réveillant en snnaut.

Voilà, messieurs!

DOMINIQIJE.

On ne vous demande rien.

LE GABARETIER.

Ah ! (Il bâille et reprend sa position.)

PAUL

Et tu auras soin de lire les écriteaux des appartements à louer ; tu me prendras un cabinet qui ne soit pas cher !

DOMINIQUE

L'étage est indifférent à Monsieur?

Oui, indifférent!

LE GABARETIER, se réTeiUant en sursaut.

Voilà!

Paul loi fait un signe de tête négatif. DOMINIQUE, qui s'est leré d'effroi tout à coup.

Âh ! il a le sommeil occupé, décidément, (n le rasait.) Ouf! on est bien ! J*ai les genoux rompus de fatigue» avec la tête d'un creux...

PAUL, debout.

C'est d'avoir marché toute la nuit I Pauvre garçon I finis la bouteille, va ! (Dominique boit.) Et à moi aussi , le

cœur défaille! Au moment de me jeter dans une existence nouvelle, je ne sais quel trouble m'envahit; c'est comme le malaise qui nous survient quand on va partir pour les longs voyages ! Allons, lève-toi !

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