ALFRED, PAUL
PAUL
Comment, mon cher Alfred, vous m'amenez chez M. Kloekher, le soir môme d*un bal?
ALFRED
Qu'importe ! n'êtes-vous pas en tenue ? Et puisque ^emphatiquement) la fête u'est pas eucore commencée, vous aurez bien le temps de dire un mot à notre illustre financier.
PAUL
C'est là un vrai service que vous me rendez ! Merci du fond de l'âme, car sans vous je ne savais que devenir. Partout où je me suis présenté, depuis un mois bientôt, porte close ! Ah ! les amis ! Et que de tentatives, d'efforts ! (n baisse u tète.)
ALFRED
Allons, bien ! vous voilà retombé dans vos idées mélancoliques, romantiques et poétiques ! (Lui upant sur l'épaule.) Ce bon Paul ! il n'a pas changé : prompt à s'enflammer toujours pour toutes les femmes et à donner dans toutes les illusions. C'est comme votre histoire du cabaret, di rit.) Ah ! ah ! ah 1
PAUL
Mais quand je vous dis que j'ai vu...
ALFRED
Bah I vous aurez été la dupe de quelque hallucination ou d'un faiseur de tours ! Comme si l'on rencontrait dans les bouges de la banlieue des créatures célestes disparaissant à travers les murailles! Vous avez beau soutenir qu'elle est belle comme une fée, et même qu'elle en portait le costume, les fées, mon cher, ne sortent plus de la Chaussée d'Antin; et je compte tout à l'heure vous en faire voir une, qu'on appelle dans le monde M""® Kloekher... et qui a pour nous quelque indulgence.
PAUL, saluant.
Ah!
ALFRED
Mais oui ! on est posé. Moi, je m'amuse énormément.
PAUL
Et le mari?
f TROISIÈME TABLEAU. - SCÈNE II. 489
ALFRED
Un ancien Auvergnat ! Il en a porté bien d'autres ! Un rustre, d'ailleurs, un avare.
PAUL
Gomment!... Mon père, au contraire, m'avait dit...
ALFRED
Votre père le connaissait?
PAUL
Beaucoup ! Et il m'avait vanté toujours son désintéressement. Moi, je ne l'ai jamais vu, car...
ALFRED, Tivement.
Mais si votre père le connaissait, qu'aviez-vous besoin de moi alors? Vous pouviez vous recommander tout seul.
PAUL, hninblement.
Ab ! mon ami, on est timide quand on est pauvre !
ALFRED, à part.
Pauvre ! pauvre ! Moi, je ne savais pas qu'il fût pauvre!... sans cela!...