‹ Œuvres complètes de Gustave FlaubertChapitre 146 sur 202 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

LE ROI GOUTURIN, LA REINE GOUTURINE, avec

avec tonte la cour (hommes et femmes); GRAISSE-D'O U RS,

premier ministre.

Coutarin et Couturine sont habillés i la dernière mode du jour, exagérée. Graissed'Ours, en Teste, toute la barbe hôrisséo, l'air farouche, un tablier. — Tous les personnages de la cour représentent les diyers métiers relatifs à la toilette. — Le roi arrive au milieu d'une estrade portée à bras, et assis dans une sorte de ikuteuil ayant des compartiments sur les côtés, deux plumes d'autruche au haut des montants et un miroir dans le dossier. A droite et sur un siège plas bas, la reine ; â sa gauche, sur un autre, siège le premier ministre. — Les porteort abaissent le trdne-estrade, tont doucement, jusqu'à terre.

LE ROI GOUTURIN.

C*est bien! Arrêtez-vous! Et puisque nous voilà

installés dans l'endroit trois fois coquet des séances royales, ayant à notre droite notre chère épouse, la sémillante Gouturine...

COUTURINB, avec un regard langoureux, lui prend la main et la baise.

Toujours tendre, Couturin 1

LE ROI COUTURIN.

A notre gauche, notre premier ministre, l'indispensable Graisse-d'Ours.

graisse-d'ours.

Vous êtes trop bon. Majesté I

COUTURIN.

Autour de nous, les hauts dignitaires de notre bonnet : l'architailleur, l'archibottier, le prince du Gold-Gream, le duc du Gaoutchouc, et autres..

LES GRANDS DIGNITAIRES, s'inclinant.

Pour VOUS servir, ô souverain 1

COUTURIN.

Avec les dames de notre cour oi saïue), lesquelles en font l'ornement.

LES DAMES

Ah! délicieux!

COUTURIN.

Et derrière nous, le peuple imbécile I

LA FOULE

Vive le roi !

COUTURIN.

Il nous faut, suivant l'usage, établir les modes de la saison.

no LE CHATEAU DES CŒURS.

TOUS 9 avec vivacité et se démenant.

Voyons ! quelles couleurs ? combien de mètres ?

COUTURIN.

Un instant! Il est d*abord indispensable de rappeler les principes.

graisse-d'ouus.

Rappelez.

COUTURIN.

Or c'est une vérité reconnue, mes colombes, que vous êtes naturellement hideuses!

LES DAMES, scandalisées.

Ah! ah! Tabomination !

COUTURIN.

Oui, fort laides 1 Silence! Vous ne mettrez pas en doute, j'imagine, la supériorité du factice sur le réel? C'est l'art seul, déesses, qui vous fournit tous vos charmes. — Ne craigpez rien, je suis discret. — Mais vous conviendrez que l'on est amoureux de la robe et non de la femme, de la bottine et non du pied ; et si vous ne possédiez pas la soie, la dentelle et le velours, le patchouli et le chevreau, des pierres qui brillent et des couleurs pour vous peindre, les sauvages mêmes ne voudraient pas de vous, puisqu'ils ont des épouses

tatouées ! (U se rassoit.)

LES DAMES

C'est un peu dur! un peu vif!

GRAISSE-d'OURS se lève.

D'ailleurs, le vêtement, étant le signe manifeste de

la chasteté, fait partie de la vertu et est une vertu

lui-même. (Il se rassoU.)

COUTURIN 80 lève.

Donc, plus le costume sera costumant, c'est-à-dire antinaturel , incommode et laid, plus il sera beau ! (ii se

rassoit.)

GRAISSE-d'OURS se lève.

Et distingué surtout! (a se rassoit.)

TOUS

Ah ! distingué ! le distingué, c'est le principal.

COUTURIN 80 lève.

Eh bien I travaillez maintenant, (u se rassoit.)

TOUS

Voyons! cherchons!

Un momont de silence, puis on entend tout à coup un grand fracas

de miroirs cassés.

COUTURIN.

QU est-ce .' (H fait à un officier signe de sortir, après avoir regardé à

droite.) Ah ! l'arbre aux miroirs cassé ! Us étaient trop mûrs sans doute, et quelque maraudeur en l'ébranlant...

l'officier, rentrant.

Nous avons trouvé dessous un monstre !

COUTURIN.

Un monstre?

l'officier.

Oui, ô souverain, un être vert et démodé.

Uî LE CHATEAU DES COEUUS

COUTURIN.

Qu'on ramène I

TOUS

Quelle bravoure 1

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