‹ Œuvres complètes de Gustave FlaubertChapitre 147 sur 202 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Les Prégéoents, JEANNE.

BUo entre avec do« gants verts Empire qui lui montent jusqu'aux coudes, et faisant beaucoup de plis sur les bras ; une coiffure i la girafe, un chftle jaune par-denns sa tunique et un ridicule à la main. A son aspect, Couturine pousso un cri aigu et tombe à la renverse. Graisse-d'Ours se 16to indigné. Couturin, avec un petit mouvement d'enfroi, se recule sur son trâne; les dames arrachent Tivement les feuilles de l'arbre à éventails et se cachent le visage dessous. Brouhaha général.

LES HOMMES s'écnent :

— Arrière!

— Va-ten !

— Cache-toi!

LES DAMES

— C'est une horreur!

— Une turpitude!

— Une antiquité...!

COUTURIN, pour commander le silence, étend son sceptre, un fera

papillotes.

Du calme, têtes exaltées par la frisure ! Approche, jeune fille, — car tu as Tair d'en être une, à tes attributs naturels, bien que tu n'en possèdes point les grâces. Explique-nous, justifie ton accoutrement!

JEANNE

Je l'ai pris là, par terre, au hasard... croyant qu'il le fallait; et, en me relevant, tous les miroirs...

COUTURIN.

Assez! Ce n'est pas d'eux qu'il s'agit. (Rapidement.) Mais pour avoir désobéi aux lois de notre empire, pour avoir méprisé le culte de la chaussure, les délicatesses de la lingerie et l'élégance du cheveu ; pour t'être affublée d'une aussi infâme défroque, qui fait remonter l'imagination jusqu'au temps de Corinne et du cirage à l'œuf, tu mériterais les supplices...

TOUS

Oui, oui, les plus terribles !

COUTURIN.

D'être condamnée à des bottines trop étroites, à des peignes trop durs, à des corsets indélaçables !

TOUS

Bravo 1

COUTURIN.

A porter un cabas!

JEANNE

Grâce 1

COUTURIN.

Et un turban... avec panaches.!

JEANNE

Mais je ne connaissais pas la mode! Je n'ai pu la suivre. Est-ce un crime?

244 LE CHATEAU DES CŒUaS.

COUTURIN.

Il n'y en pas de plus grand, être femelle ! car la mode, sais-tu bien, c'est la loi, la fantaisie, la tradition et le progrès ; il n'est rien qu'elle ne gouverne, ne produise et ne renverse. Colosse folâtre établi sur le monde, elle drape la couche des nouveau-nés, tandis qu'elle ornemente des tombeaux, levant sa tête au ciel vers les philosophies et pénétrant ainsi, du bout de son pied mignon, jusque dans Téternité. Retire tes gants verts !

JEANNE, humblement.

Je ne demande pas mieux, moi. Je ferai ce qu'il vous plaira.

COUTURINE.

Ah ! pitié pour elle, grand roi 1

COUTURIN.

Soit, je te pardonne, en considération de ton ignorance. (AUX grandi officiers.) Et VOUS autrCS, OCCUpCZ-VOUS de

la façonner congrùment, de la vêtir dans le dernier genre.

JEANNE, sautant do joie.

Oh! merci. Quel bonheur I Je serai donc jolie, bien habillée !

COUTURIN.

Espérons-le !

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