LES COLLÉGIENS
Nous le jurons I du retournent à leur place.)
LE GRAND PONTIFE
Je suis ému, messieurs I Tant de raison dans cet âge m'a touché, et si la fête n'était pas terminée, je succomberais à mon émotion. Elle est terminée, car il n'est pas besoin de vous demander de serment, à
vous... (Il s'adresse aux femmes qui sont aux fenâtres) gardienUCS
et cause de notre félicité, épouses, ménagères, petites mamans pot-au-feu ! C'est par vos soins qu'il mijote ! Donc, persévérez dans vos deux préoccupations chéries : 1° raccommoder les chaussettes de vos légitimes, et 2* être toujours en garde contre les séductions de la gaudriole. Ne songez même qu'à cela, incessamment, exclusivement. Bref, n'oubliez pas que l'attitude la plus belle pour une femme, sa position idéale, si j'ose m'exprimer ainsi, est de se tenir quelque peu agenouillée, avec une écumoire à la main, un bas de
laine passé dans le bras gauche, tournant le dos à Cupidon, et la tête perdue dans la vapeur du pot-aufeu!
Et vous, chats, inconstants quadrupèdes, bohémiens des toits! Si vous n'employez pas tout votre temps et la force de votre gueule à nous prendre des souris, on vous mettra des muselières et Ton vous empalera avec la broche, puisque la nature vous a créés pour nous être utiles. Mais, que si vous devenez sédentaires et zélés à nous servir, on vous laissera au fond de l'assiette quelques gouttes Iroides du pot-aufeu !
Et toi, soleil, puisses-tu, brillant toujours modérément, te transformer en un vaste paquet de chandelles, pour nous économiser l'éclairage! et que tes rayons fassent tomber dans le creux des mers une pluie de graisse, afin que, se chauffant à la tiédeur, tout le globe entier ne soit plus qu'un immense potau feu !
TOUS crient:
Vive le pot-au-feu!
En retiiant leurs chapeaux, ce qui laisse voir distinctement leurs crftnes étroits
et très allongés, en forme de pain de sucre.
LES FEMMES, aux fenêtres.
Gomme nos maris sont bien !
Les autres corporations qui n'ont pas été nommées s'empressent autour du pot-aofeu, et le grand pontife, décrivant mystiquement un cercle dans l'air, les asperge tous avec son écumoire. Après quoi, la séance étant levée, on retire les sièges,. on se cherche et l'on s'aborde avec une certaine animation.
LES BOURGEOIS
Ah ! une belle fête 1 un remarquable discours ! El
quelle musique ! On a fait des progrès dans les arts ! C'est incontestable ! . . .
La confusion et la rameur peu à peu s'apaisent, et tous se mettent à obseryer les horloges qui sont au-dessus de la porte, devant chaque maison. L'aiguille marque 5 heures 55 minutes, lis attendent le nez en l'air, et quand six heures tonnent, ils disent tous en même temps :
Allons dîner!...
Us entrent dans les maisons.