‹ Œuvres complètes de Gustave FlaubertChapitre 166 sur 202 · VOIX DE LA FOULE · texte numérisé non relu

VOIX DE LA FOULE

Qu'on le saisisse ! un bouillon ! L'épreuve du bouillon!...

Apportez -le vite!... Là! C'est bien! Prenez mon ami!

Paul est entouré, tenu par lea pieds et par les mains. Jeanne Ini tend une tasse do bouilloD, qu'on vient de lui remettre et l'approche de ses lèvres.

Buvez-moi cela lentement.

PAUL renverse la tasse d'un revers do main.

Je me moque pas mal de votre bouillon !

TOUS

Sacrilège ! — Au cachot ! au cachot ! — Dans un €ul de basse-fosse !

La foule s'est ruée sur lui et on le garrotte aux poignets.

PAUL

Oui! battez-moi! J'aime mieux vos injures que vos applaudissements et vos supplices que vos bienfaits ! Avec vos cœurs d'esclaves et vos têtes en pain de sucre, vos grotesques costumes, vos hideux ameublements, vos occupations abjectes e( vos férocités d'anthropophages...

LA FOULE

C'est du déUre!.

PAUL, levant au ciel ses mains enchatnées.

Ah! que n'ai-je, pour vous exterminer, la foudre du ciel I

LES BOURGEOIS

11 devient dangereux ! Un bâillon ! . . .

On le bftillonnc.

UN BOURGEOIS

£t à son domestique !...

TOUS LES BOURGEOIS

Oui ! oui !

DOMINIQUE reparaît avec la redingote et le tromblon, et te débattant.

Mais j*ai la redingote, moi ! J*ai le tromblôn ! Je ne demande pas mieux !

UN BOURGEOIS

Ca n'y fait rien! En vertu de la solidarité...

DOMINIQUE

Je boirai le bouillon !

LES BOURGEOIS

Silence !

DOMINIQUE

J'en ai même besoin !

LES BOURGEOIS

Insolent !

On le b&illonne et on les enferme tous les deux au roE-de-cbauttée, dans la priton qui est à droite au second plan. — On les aperçoit à traTers les barreaux.

LA FOULE pousse un grand soupir de satisfaction.

Ah ! il s'agit maintenant de les moraliser un peu, de les catéchiser !

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