ACTE I, SCENE VIII
Je viens donc, presque certain d'avance du succès, vous demander la main de mademoiselle votre fille Louise pour mon fils le vicomte Onésime-Gaspard- Olivier de Bouvigny ! (siience de Roussoiin.) Hein ! vous dites ?
HOUSSELIN.
Rien jusqu'à présent, monsieur.
BOUVIGNY, vivement.
J'oubliais ! Il y a de grandes espérances, pas directes à la vérité !... et comme dot... une pension... ; du reste. M* Dodart, détenteur des titres (baissant u voix), ne manquera pas... iuàme silence.) J'attends.
ROUSSELIxX.
Monsieur... c'est beaucoup d'honneur pour moi, mais...
BOUVIGNY, piqué.
Comment? mais!...
ROUSSELÎN.
On a pu, monsieur le comte, vous exagérer ma fortune?
BOUVIGNY.
Croyez-vous qu'un pareil calcul?... et que les Bouvigny!...
ROUSSELIN
Loin de moi cette idée ! Mais je ne suis pas aussi riche qu'on se l'imagine !
BOUVIGNY, gracieux.
La disproportion en sera moins grande !
ROCSSELIN.
Cependant, malgré des revenus... raisonnables, c'est vrai, nous vivons, sans nous gêner. Ma femme a des goûts... élégants. J'aime à recevoir, à répandre le bien-être autour de moi. J'ai réparé à mes frais la route de Bugueux à Faver ville. J'ai établi une école et fondé, à l'hospice, une salle de quatre lits qui portera mon nom.
BOUVIGNY.
On le sait, monsieur, on le sait !
ROUSSELIN
Tout cela pour vous convaincre que je ne suis pas
— bien que fils de banquier et l'ayant été moi-même
— ce qu'on appelle un homme d'argent. Et la position de M. Onésime ne saurait être un obstacle, mais il y en a un autre. Votre fils n'a pas de métier ?
BOUVIGNY, fièrement.
Monsieur, un gentilhomme ne connaît que celui des armes !
ROUSSELIN
Mais il n'est pas soldat?
BOUVIGNY.
Il attend, pour servir son pays, que le gouvernement ait changé.
ROUSSELIN
Et en attendant?...
BOUVIGNY.
Il vivra dans son domaine, comme moi, monsieur !