UNE PERSONNE
Nous en avoq^ tous.
LA FOULE
Tous I tous I
PAUL, A demi-Toiz.
Mais ce serait épouvantable I C'est impossible !
DOMINIQUE, bas et d'une voix effrayée, en montrant le cœur, qui peu A peu grossit démesurément.
Mallrel maître! conmie il grandit!... comme il s'enfle I
LETOURNEUX, survenant tout à coup derrière Paul et lui frappant
sur l'épaule.
Vous voudriez bien me le faire gober, celui-là ?
PAUL
Oui, ouil... Pardon pour ce que je vous ai fait. (Montrant le cœur.) Prcncz-le ! C'cst la paix dc la conscience, le pouvoir du bien, l'intelligence de tout ce qui est beau; le moyen de comprendre à la fois l'humanité, la
nature et Dieu! (Letoumeux sourit ironiquement, sans bouger.) MaiS
qui êtes-vous donc, pour rester insensible dans l'allégresse de tous? Dans quelle pierre êtes-vous taillé? Vous n'avez donc jamais aimé quelque chose, quelqu'un? Vous n'avez donc rêvé jamais au bonheur de la posséder, au désespoir de le perdre? Ah! s'il ne fallait, pour vous convaincre, que verser mon sang, retourner à l'autre bout du monde, vous servir en esclave! Un peu de pitié! grâce! attendrissez-vous!... Prenez-le !
LETOURNEUX
Merci, ça gêne trop !
PAUL
Adieu, Jeanne!... Oh! je suis maudit!... Je t'ai
perdue I . . . (Lo peut mur do la terrasse s'est levé et l'escalier, devenu d'argent, a grandi. De chacun des vases de fleurs posés sur les marches est sojrtie une femme. Elles étendent leurs bras sur les épaules les unes des autres, de sorte que l'escalier semble avoir pour rampe une longue file de femmes vêtues de perles. On distingue en haut, enveloppée dans les nuages et sous les teintes laiteuses d'un clair de lune, la base du palais des fées, couleur de nacre. Jeanne est en avant, sur la plate-forme, au sommet de l'escalier. — Paul, en se retournant pour suivre du regard Letoameux qui s*éloigne, l'aperçoit, s'écrie :) JcanUC ! . . . (et escalade, en courant, rescalier. — Pendant qu'il monte, son habillement disparaît pour un costume d'apothéose, tout
en blanc, long manteau. Chaque marche, à mesure qu'il monte, exhale un son d'harmonica : succession de toutes les notes de la gamme. — Au moment oà il va ouvrir les bras pour serrer Jeanne, la reine des fées apparaît auprès d'elle, avec toutes les fées, qui. sont un peu en arrière, à sa droite et à sa gauche ; sur le péristyle du temple, lequel est maintenant plus éclairé, Paul s'arrête et recule.) "-— J6 II 0S6
avancer, ô reine! ma mission n'est pas finie. J*ai laissé le mal sur la terre.
LÀ REINE
11 lui en faut toujours un peu! Tu n*en as pas moins mérité ta récompense. Soyez heureux dans l'immortalité !
DOMINIQUE, tenant le cœur dans ses mains et le pied sur U première marche de l'escalier.
Eh bien, et moi? et moi? qu'est-ce que je vais devenir avec cette charge-là ?
LA REINE
Valet de cœur, surveille ceux qui trichent, console ceux qui perdent I
Dominique est changé en valet do cœur. — Le cœur se placo dans l'air, à sa gauche, sur un carré blanc , fait à sa taille , et qui lui sert de fond , tandis qu'une longue banderole se déploie dans les airs, portant, écrits en lettres lumineuses, ces mots :