‹ Œuvres complètes de Gustave FlaubertChapitre 4 sur 202 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

MUREL, GRUGHET.

MUREL.

Eh! c'est monsieur Gruchet, si je ne me trompe?

GRUCHET.

En personne ! Pierre- Antoine, pour vous servir.

MUREL.

Vous êtes devenu si rare dans la maison !

GRUCHET.

Que voulez-vous ? avec le nouveau genre des Rousselin ! Depuis qu'ils fréquentent Bouvigny, — un joli coco, encore, celui-là, — ils font des embarras!...

MUREL.

Comment?

GRUCHET, après un silence.

Vous n'avez donc pas remarqué que leur domestique maintenant porte des guêtres ! Madame ne sort plus qu'avec deux chevaux , et dans les dîners qu'ils donnent, — du moins, c'est Félicité, ma servante, qui me l'a dit, — on change de couvert à chaque assiette .

MUREL.

Tout cela n*empèche pas Rousselin d'être généreux, serviable !

GRUCHET.

Oh! d'accord! plus bête que méchant! Et pour surcroit de ridicule, le voilà qui ambitionne la députalion! Il déclame tout seul devant son armoire à glace, et, la nuit, il prononce en rêve des mots parlementaires.

MUREL, riant.

En effet!

GRUCHET.

Ah! c'est que ce titre-là sonne bien, député*!!! Quand on vous annonce : « Monsieur un tel, député! » Alors, on s'incline. Sur une carte de visite, après le nom € député » ça flatte l'œil ! Et en voyage, dans un théâtre, n'importe où, si une contestation s'élève, qu'un individu soit insolent, ou même qu'un agent de police vous pose la main sur le collet : « Vous ne savez donc pas que je suis député, monsieur! »

MUREL, i part.

Tu ne serais pas fâché de l'être, non plus, mon bonhomme !

GRUCHET.

Avec ça, comme c'est malin ! Pourvu qu'on ait une maison bien montée, quelques amis, de l'entregent * !

1. Il y a?ait dans le texte de Vintrigue» La censure a préféré de Tontregent.

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