ROUSSELIN, LOUISE
ROUSSELIN
Louise! tu aimes ton père, n'est-^e pas?
LOUISE
Oh ! cette question !
ROUSSELIN
Et tu ferais pour lui...
LOUISE
Tout ce qu'on voudrait!
ROUSSELIN
Eh bien ! écoute-moi. Dans les existences les plus tranquilles, des catastrophes surviennent. Un honnête homme quelquefois se laisse aller à des égarements. Supposons, par exemple, — c'est une supposition, pas autre chose, — que j'aie commis une de ces actions, et que pour me tirer de là...
LOUISE
Mais vous me faites peur!
ROUSSELIN
N'aie pas peur, ma mignonne! C'est moins grave! Enfin, si on te demandait un sacrifice, tu te résignerais!... Ce n'est pas un sacrifice que je demande, une concession seulement ! Elle te sera facile ! Les rap-
ACTB tV, SCÈNE VII. Uf
ports entre vous sont nouveaux! Il faudrait donc, ma pauvre chérie, ne plus songer à Murel !
L0Û4éE.
Mais je Taime !
ROUSSËLIN.
Comment! Tu t'es laissé prendre à ses manières, à tous les embarras qu'il fait?
LOUISE
Moi! je lui trouve très bon genre!
ftOUSSELIN.
Et puis, je ne peux pas te donner de détails; mais, entre nous, il a des mœurs!...
LOUISE
Ce n'est pas vrai !
ROUSSËLIN.
Cousu de dettes ! Au premier jour, on le verra décamper!
LOUISE
Pourquoi? Maintenant il est riche!
ROUSSËLIN.
Ah! si tu tiens à la fortune, je n'ai rien à dire. Je le croyais des sentiments plus nobles !
LOUISE
Mais le premier jour je l'ai aimé!
ROUSSËLIN.
Tu as ton petit amour-propre aussi, toi! avoue-le! Tu ne dédaignes pas le flafla, tout ce qui brille, les
titres ; et tu serais bien aise, à Paris, — quand je vais être député, — de faire partie du grand monde, de fréquenter le faubourg SaintrGermain... Veux-tu être comtesse ?
LOUISE
Moi?
ROUSSELIN
Oui, en épousant Onésime?
LOUISE
Jamais de la vie ! un sot qui ne fait que regarder la pointe de ses bottines, dont on ne voudrait pas pour valet de chambre! incapable de dire deux mots! Et j'aurai de charmantes belles-sœurs! Elles ne savent pas Torthographe ! Et un joli beau-père ! qui ressemble à un fermier. Avec tout cela, un orgueil, et une manière de s'habiller ! elles portent des gants de bourre de soie !
ROUSSELIN
Tu es bien injuste ! Onésime, au fond, a beaucoup plus d'instruction que tu ne penses. 11 a été élevé par un ecclésiastique éminent, et la famille remonte au XII* siècle. Tu peux voir dans le vestibule un arbre généalogique. Pour ces dames, parbleu, ce ne sont pas des lionnes... mais enfin!... Et quant à M. de Bouvigny, on n'a pas plus de loyauté, de...