‹ Œuvres complètes de Guy de Maupassant.... 1Chapitre 18 sur 39 · septembre · texte numérisé non relu

septembre

Tu vois que je ne tarde pas à t'écrire, mais en vérité je ne puis attendre plus longtemps. Je me trouve si perdu, si isolé, et si démoralisé que je suis obligé de venir te demander quelques bonnes pages. J'ai peur de l'hiver qui vient, je me sens seul, et mes longues soirées de solitude sont quel-quefois terribles. J'éprouve souvent, quand je me trouve seul devant ma table avec ma triste lampe qui brûle devant moi, des moments de détresse si complets que je ne sais plus à qui me jeter. Et je me disais souvent dans ces moments-là, l'hiver dernier, que tu devais avoir aussi d'affreuses tristesses pendant les longues et froides soirées de décembre et de janvier. J'ai repris ma vie monotone, en voici pour 3 mois. L. F. ne peut pas dîner avec moi ce soir; il dîne en ville, cela m'ennuie, nous aurions pu causer un peu ensemble... J'ai écrit tout à l'heure, pour me dis-traire un peu, quelque chose dans le genre des Contes du Lundi. Je te l'envoie, cela n'a naturelle-ment aucune prétention, puisque je l'ai écrit en un quart d'heure. Je te prierai cependant de me le renvoyer, parce que je pourrai en faire quelque chose. Il y a plusieurs phrases peu correctes, mais je corrigerai cela quand je m'en servirai. Je voudrais bien me trouver reporté quinze jours

CORRESPONDANCE. CXXXI en arrière, c'est décidément bien court, on n'a pas le temps de se voir et de causer et une fois la vacance finie, on se dit : « Mais comment cela s'est-il fait? Je suis à peine arrivé, je n'ai encore causé avec personne. »

Adieu, ma chère mère, je t'embrasse mille et mille fois, ainsi qu'Hervé.

Ton fils,

À SA MÈRE

MINISTERE DE LA MARINE ET DES COLONIES

Paris, ce 30 octobre 1874.

Essaie de me trouver des sujets de nouvelles. Dans le jour, au ministère, je pourrais y travailler un peu. Car mes pièces me prennent toutes mes soirées, et j'essaierai de les faire passer dans un journal quelconque.

Quelques détails sur notre famille, trouvés dans les vieux papiers que je lis en ce moment. Voici les titres de J.-Bte de Maupassant : Écuyer, Conseiller secrétaire du Roi, du Gd Collège, Maison, Couronne de France et de ses Finances, Noble du St Empire, Doyen de l'Ancien Conseil de feu Sa Majesté Imple en France, Doyen du CXXXII CORRESPONDANCE.

Conseil de feu S. A. Mgr le Prince de Condé et Conseil particulier de S. A. Sérénissime Mgr Louis de Bourbon, Comte de Clermont, prince du sang.

Sa femme, dont nous avons le portrait, était Marie-Anne de La Marche. Son fils Louis-Camille de Maupassant eut pour parrain Louis de Gand de Mérodes de Montmorency, et pour marraine, Marguerite Camille de Grimaldy de Monaco.

Son mariage avec Mlle d'Avignon, belle-soeur du Marquis d'AIigre, se fit en présence et de l'agré-ment de très haut, très puissant et très excellent Prince Mgr Louis de Bourbon, Comte de Cler-mont, Prince de sang, et de très haut et très puis-sant Seigneur Mgr le Marquis d'AIigre, Président du Parlement. Alliés par mariage : les de Bar, Claude-Denis Dorat de Chameubles, comman-deur de l'Ordre de Saint-Lazare, Texier de Mon-tainville de Briqueville, et Jacques-Gabriel Bazin, marquis de Beszons, It gl des armées du Roi, le Marquis de Courtavel, etc.

Ton fils,

A SA MERE

29 novembre 1874.

Je vais faire présenter mon Histoire du Vieux Temps à I'Odéon, par Raymond Deslandes, en

CORRESPONDANCE. CXXXIII suppliant qu'on ne me la garde pas trop long-temps, pour pouvoir la présenter au concours de la Gaîté

Paris, jeudi, 29 juillet 1875.

MA CHÈRE MÈRE

Voici enfin le beau temps revenu et j'espère que cela va te faire louer ta maison. Il fait au-jourd'hui une chaleur terrible, et les derniers Pa-risiens vont très certainement se sauver. Quant] à moi, je canote, je me baigne, je me baigne et je canote. Les rats et les grenouilles ont tellement l'habitude de me voir passer à toute heure de la nuit avec ma lanterne à l'avant de mon canot qu'ils viennent me souhaiter le bonsoir. Je ma-noeuvre m'on gros bateau comme un autre ma-noeuvrerait une yole, et les canotiers de mes amis qui demeurent à Bougival (2 lieues 1/2 de Bezons) sont supercoquentieusement émerveillés quand je viens vers minuit leur demander un verre de rhum. Je travaille toujours à mes scènes de canotage dont je t'ai parlé, et je crois que je pourrai faire un petit livre assez amusant et vrai en choisissant les meilleures des histoires de ca-notiers que je connais, en les augmentant, bro-dant, etc.

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