Temple's Works, vol. III. ji
des anciens, qui voulaient qu'un siècle au moins eût passé sur la mémoire des grands hommes avant que la postérité décidât de leur gloire !
Temple termine son livre en rappelant le mot d'Alphonse le Sage, roi d'Aragon : Parmi les choses que possèdent ou souhaitent les hommes, il y en a quatre désirables avant tout le reste : du vieux bois pour brûler, du vieux vin pour boire, de vieux amis pour causer, de vieux livres pour lire. C'était VJwc erat in votis de sa vieillesse paisible et riante. Il jouit jusqu'à la fin de sa vie de tous ses biens, et il goûta le plaisir de voir son dernier ouvrage applaudi en France comme en Angleterre. « Le succès, dit spirituellement M. Macaulay, en était infaillible : comme les champions des m.odernes étaient aussi ignorants que Temple lui-même, les anciens pouvaient seuls relever ses erreurs, et ils n'étaient pas assez sots pour tirer sur leur allié. » Son triomphe ne fut troublé que par l'apparition des Réflexions de Wotton sur le savoir des anciens et des modernes. Mais il avait été lu et approuvé, il nous l'apprend lui-même, par Boileau et par Racine. Il ajoute même gratuitement (c'est une illusion de vieillard) qu'il avait contraint Perrault à une rétractation*. Ses succès réels comme ses succès imaginaires l'aguerrirent contre les attaques de Wotton. Aussi répondit-il aux Bê/Iexions de son adversaire d'un ton allègre et léger, dans des Pensées sur les anciens et les modernes, qui ne parurent qu'après sa mort. Il appliquait aux ennemis des anciens en Angleterre les épigrammes de IJoileau contre Perrault, et raillait l'orgueil du génie moderne dans une des plus agréables pages qu'il ait laissées après lui : « Les merveilles produites pour le plaisir ou l'utilité du genre humain par les creuses rêveries des hommes qu'on a regardés comme les pionniers de la science pendant les cin-
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quante dernières années, je les cherche en vain, je l'avoue, et je m'estimerais heureux de les découvrir. J'ai entendu parler de prétentions et de visions extraordinaires chez des esprits convaincus du progrès qu'ont fait les sciences dans notre siècle, ou qu'elles feront inlaillihlement dans le siècle prochain. On découvrira, m'assure-t-on, la panacée universelle qui doit guérir tous ceux qui la possèdent, la pierre philosophale qui sera trouvée par quelques sages dédaigneux de la richesse ; la transfusion d'un jeune sang dans les veines des vieillards, qui deviendront plus folâtres que l'agneau qu'on aura saigné pour les rajeunir; une langue universelle, qui pourra servir à toutes les personnes qui ont oublié la leur ; la communication immédiate de la pensée , sans l'importune traduction du langage ; l'art de voler, jusqu'à ce qu'on tombe et qu'on se casse la jambe ; la découverte des nouveaux mondes dans les planètes; les voyages dans la lune, qui deviendront aussi communs que celui de York à Londres, etc. Les pauvres gens comme moi trouvent toutes ces folies aussi extravagantes, mais deux fois moins spirituelles et moins instructives que celles de l'Arioste. Espérons que ces sages modernes finiront par retrouver leur bon sens conservé dans quelque fiole céleste avec celui de Roland'. »
Longtemps après, quand l'ancien secrétaire de Temple, Jonathan SNvift, prit la défense de son protecteur contre Wûtton et Bentley, il s'inspira de cette jolie page dans sa description des recherches expérimentales de l'académie de Laputa. Mais Temple n'était plus. Il avait assez vécu pour lire la réponse de la société de Christ-Church à Richard Bentley; et, par un dernier bonheur, cet homme heureux sut mourir assez tôt pour ne pas connaître la réplique foudroyante du docteur de Cambridge. Il s'en-