Monk, Life of Bentley , p
longtemps leur siècle d'Auguste*; mais leur admiration patriotique s'est un peu attiédie, et il n'est pas rare de trouver aujourd'hui parmi eux des écrivains qui regardent ce temps, à leur avis trop vanté, comme une ère d'imitation et de servilité littéraires, où la correction tenait lieu d'originalité, et le goût de génie. C'est un dédain excessif, après une excessive admiration. « C'était un temps de belle et riche littérature, que celui oii Temple, Arbuthnot, Walsh, discutaient les poésies du jour d'après la France et l'antiquité; où le vieux Dryden, survivant à la restauration, improvisait son ode à sainte Cécile; où Congrève composait des comédies spirituelles en s'aidant de Molière; où Prior, Parnell, Thomson, Young, revêtaient de poésie quelquesuns des problèmes philosophiques de leur temps ; où Addison écrivait ses pages élégantes et traçait les caractères originaux du Spectateur; où Swift était le premier des satiriques philosophes, et donnait aux pamphlets politiques la durée d'une œuvre de génie; où Pope, si correct, si précis, quelquefois si grand poète, interprétait tour à tour en beaux vers la passion d'Héloïse et les systèmes de Leibnitz*. »
Ce tableau d'un règne illustre, tracé par la main d'un maître, est à la fois brillant et fidèle. Toutefois, ce règne si fécond en œuvres ingénieuses, spirituelles, éloquentes, ne vit naître aucune de ces merveilles d'originalité où se révèle un génie créateur. La littérature, dans ses genres les plus divers, se para d'une élégance uniforme, dont se devait fatiguer tôt ou tard un peuple accoutumé à mettre au premier rang dans son estime l'inspiration personnelle de l'écrivain, et à préférer le bizarre au convenu. L'un des caractères de cette époque, c'est la popularité des lettres, et, si