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V. M. Villcmaiii, Tableau de la Ullémluir (in win' siàic, \' Icçun.
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je puis dire, leur prospérité temporelle. La reine Anne les protégeait sans les aimer; superbe et fastueuse comme Louis Xn , elle prétendait, comme le roi de France, attacher son nom à l'un de ces règnes à grand spectacle dont la littérature est un décor. Un autre caractère du temps, c'est le goût de la société polie pour l'antiquité classique et pour la littérature française, goût dont la vivacité sans bornes s'accorde peu avec l'indépendance du génie anglais, et qui dut se restreindre plus tard dans une plus sage mesure. Les universités s'étaient guéries des blessures que leur avait faites la guerre civile'. Sous le règne de Guillaume III, les études s'étaient relevées de leur long déclin. Les travaux philosophiques de Stanley, de Pearson, de Gale, de Price, d'iludson, de Baxter, et surtout de Richard Bentley, ont illustré les quarante dernières années du xvir siècle*. Les plus grands poètes de l'Angleterre traduisaient les anciens. Un peut lire dans la vie de Swift, écrite par John Barrett, vice-prévôt au collège delà Trinité à Dublin, le programme des études d'alors : la part qu'on y accorde au latin et au grec, les soins de prédilection qu'on donne à la poésie latine, pourraient rendre jaloux les plus prospères de nos lycées. Le futur doyen de Saint-Patrick, Swift, brillant et indocile écolier, était, comme Pope, un poète latin illustre parmi ses camarades, et son premier ouvrage fut la traduction en vers d'une ode d'Horace. Kochester imitait Horace et Lucilius. Il traduisait aussi Boileau, la littérature française partageant avec l'antiquité la faveur de cette époque ultra-classique. Dryden, le premier poète de l'Angleterre sous trois règnes, l'écrivain qui, selon Johnson, jeta les fondements de la critique anglaise, avait donné l'exemple d'un respect presque illimité pour les an-
1. Moiik, l.ifc nf Bciitlcij , p. 11(J. — 2. Hallaiu, llisloirc dv la liticialurc en Europe ijcndani les xv", xvr et xvir siècles, t. IV, p. 78.
HlSTOmE DE LA QUERELLE
ciens, et d'une admiration profonde pour la littérature française. S' attachant, dans cette double inclination de son génie, à des œuvres d'un genre divers et d'une inégale beauté, il avait traduit successivement l'épopée de Virgile, Y AmphUryon de Molière et YHisloire, des hérésies de Yarillas. Le monument le plus curieux de son idolâtrie pour les anciens, et du goût presque français qui régnait alors en Angleterre, c'est la préface qu'il mit à la tête de sa traduction de Y Enéide.
Dryden s'y préoccupe surtout d'une question de préséance agitée déjà par Aristote, et reprise en France par Dacier et le P. Le Bossu, celle de la prééminence du poëme épique sur la tragédie. Il s'autorise de l'exemple de Corneille pour discuter l'opinion d' Aristote; il cite Le Bossu, Dacier, Le Fèvre, Scudéri, le P. Lemoine, Chapelain, Balzac, le P. Goulu, le P. La Rue, Ronsard, et surtout Segrais, dont il traduit complaisamment les réflexions sur YÉncide. Dryden donne aux idées françaises le tour de l'esprit anglais; mais on les reconnaît aisément sous leur nouveau costume. Le P. Le Bossu avait posé ce principe, que la tragédie est la peinture des passions, et l'épopée celle des mœurs. Nous le retrouvons exactement dans le critique anglais, sous les ornements bizarres dont Dryden l'a entouré : a Les passions sont violentes, et les maladies aiguës demandent des remèdes énergiques; mais les mauvaises habitudes de ITime, les mœurs, sont comme des maladies chroniques : il faut les corriger par degrés, et varier les remèdes. Quoique les purgations y soient bonnes, la diète, le bon air, un exercice modéré forment la plus grande part du traitement. Une fois ces vérités établies, chacun de ces deux genres de poésie, l'épopée et la tragédie, doivent évidemment tendre à leur lin. La tragédie est plus active; le poëme épique, actif aussi quand il faut, opère davantage à loisir. I^a tragédie chasse vivement le
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mal, comme le quinquina, et nous remet pour un temps; l'épopée mine l'indisposilion et nous donne l'habitude de la santé •. » Dryden a pris à la lettre le mot de Corneille : " La tragédie purge les passions, » et il lui a donné tout le développement de métaphores médicales qu'il pouvait comporter.
IMus loin, sans nommer Uesmarets et Perrault, Dryden lépond à leurs critiiiues de Virgile et d'Homère par une apologie passionnée. 11 soutient qu'Énée est le vivant portrait d'Auguste; il l'admire d'être si pieux, de verser tant de larmes, et même jusqu'à un certain point d'abandonner Didon. Il prend la défense des comparaisons à longue queue attaquées dans les Parallèles par l'Abbé et le Chevalier ; il compte scrupuleusement les vers des plus longues comparaisons de Y Enéide; et, comme il veut être équitable, il convient qu'il y en a une de quatorze vers que Virgile aurait certainement ramenée à douze, si une mort prématurée ne l'avait pas ravi. Mais, excepté ces deux vers surabondants, tout lui paraît admirable ûànsVÉnêidc. Il croirait manquer de respect à Virgile, s'il admettait qu'il eût pu faire une seule faute. Il est encore plus ancien que les anciens de France; il dépasse 15oileau ; il est plus dévoué que lui à la tradition, à la discipline, à la règle, et il a écrit dans sa préface de VÈiiéicle cette phrase prodigieuse qui le peint tout entier : « Il n'a manqué à Spenser, pour être un poète épique, que d'avoir lu le traité du 1\ Le Bossu -. i>
Au théâtre, mêmes efforts, même ardeur pour imiter la France. On traduisait, ou plutôt on travestissait de toutes parts Corneille, Racine et jMolière. « Dès qu'une pièce dramatique réussit en France, a écrit l'abbé du Bos , qui