‹ OEuvres complètes de H. Rigault. Précédées d'une notice biographique et littéraireChapitre 12 sur 183 · BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE. XVII · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE. XVII

riioinme et des choses aussi dont on abuse le plus. J'ai vu des personnes qui reprochaient parfois à M. Rigault de trop pencher du coté de la philosophie; je leur répondais d'une part que, voyant l'état des esprits, je lui savais gré de n'y point pencher davantage; et d'autre part, que connaissant la sincérité de ses opinions, je ne m'inquiétais pas si ses sentiments religieux étaient complets , sachant que ceux (pi'il avait étaient vrais et fermes. Il y a dans le spiritualisme beaucoup de principes que le cluMslianisme consacre et fortifie par ses dogmes. De nos jours, j'aime mieux, pour la défense de ces principes, la vérité et la sincérité des cœurs qui ont parfois douté, que l'orthodoxie indifférente ou préméditée des habitudes.

C'est cet accent de vérité et de sincérité qui faisait la grâce et la force des écrits de M. Rigault. Quelle honnêteté avec tant d'esprit ! Quel observateur pénétrant et jamais misanthrope! Il croyait même aux j)rogrès de la civilisation, quoiqu'il aimât à se moquer de quelques-uns de ces prétendus progrès; et il avait raison. Il serait désespérant de ne pas croire que l'humanité fait quelques progrès dans ce monde; ce serait duperie de croire qu'elle fait tous ceux dont elle se vante.

Je n'ai parlé jusqu'ici que de l'écrivain et du journaliste ; je dois parler aussi du professeur, car c'étiiit là un des talents et un des avenirs de ce jeune homme, à qui la mort en a tant enlevé. Excellent professeur

XMII NOTICE

de rhétorique, il était fait pour arriver au professorat des Facultés. Tout le monde l'y appelait, il se fit d'abord recevoir docteur à la Faculté des lettres de Paris. J'ai rarement vu un doctorat plus brillant, quoique j'en aie beaucoup vu. Je me souviens, pour ne parler que des docteurs que la mort nous a enlevés, du doctorat de M. Al. Thomas, professeur d'histoire. C'est le seul que je puisse comparer à celui de M. Ri2;ault. Le public était nombreux et plein de sympathie ; la Faculté des lettres était heureuse de voir entrer dans les rangs de ses docteurs un homme de ce talent et de ce caractère. « J'ai passé hier mon doctorat, écrit M. Rigault à son ami >I. Riquier (décembre 1856); la Faculté et le pubhc étaient au grand complet, pleins de bienveillance; et les marques de leur faveur ont été si vives et si répétées que je reirarde ce jour-là comme un des beaux jours de ma vie. On m'a tenu sur la sellette depuis dix heures un quart du matin jusqu'à cinq heures et demie du soir. J'ai dû parler environ quatre heures. J'étais en sortant bien fatigué, mais bien heureux. » Vhisloirc de la querelle des anciens et des modernes, qui était le sujet de la thèse française, restera comme un des meilleurs titres de la réputation de notre jeune ami.

Peu de jours après son doctorat, M. Rigault monta, au Collège de France, dans la chaire d'éloquence latine. H suppléait ^I. Ilavet, un de nos professeurs les plus savants, que sa santé forçait à prendre un repos d'une année. » J ai fait ma première leçon, jeudi

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