BIOGRAPHIQUE ET LITTÉRAIRE. XIX
dernier, écrivait M. Rigault à son ami M. Riquier []" février 1857); avec quelle émotion, tu en jugeras. Quelques heures avant de monter en cliaire, ma femme me donnait un petit garçon. Enfin sa délivrance et la mienne ont été très-heureuses- Elle a eu un gros enfant et moi un hou succès. » J'aime à mêler ainsi sans cesse, à l'aide de ces citations, l'homme et l'écrivain, parce que c'est là ce que j'ai surtout aimé dans M. Rigault. Dans l'écrivain et dans le professeur il y avait un homme; et par là il était également propre aux manifestations de la vie puhlique, telle qu'est encore la vie publique de nos jours, et au bonheur de la vie privée. Le succès de M. Rigault, dans la chaire du Collège de France fut grand et mérité. Il parlait avec une facilité charmante et une élégance rare dans les improvisateurs. Je lui en faisais un jour mon compliment et je lui disais avec mon expérience de vieux professeur qu'ayant cette heureuse facilité, il pourrait soutenir longtemps l'effort du professorat. « Oui, me répondit-il; mais vous ne voyez pas le corset d'acier que j'ai autour de moi quand je suis en chaire. » Ce mot que je me suis souvent rappelé depuis la mort de M. Rigault, est le premier qui m'ait laissé soupçonner ([ue ses succès coûtaient à sa nature. Jusque-là, j'étais comme le public qui, charmé de lu brillante facilité de son esprit ne pensait pas que cette facilité élait le prix du travail : il donnait le plaisir aux autres, il gardait la peine pour lui.
XX XOTICE
Le succès de 31 Rigault au Collège de France faisait désirer à tout le monde qu'il le continuât; et, comme il ne devait professer qu'une seule année au Collège de France, ses amis cherchaient de quelle manière il pourrait avoir la parole à la Sorbonne. Une occasion se présentait. M. Nisard, désirant se faire suppléer dans sa chaire d'éloquence française, offrait avec beaucoup de bienveillance cette suppléance à 31. Rigault, et personne ne doutait que l'administration supérieure ne s'empressât de ratifier ce choix. J'avoue, pour ma part, que si j'avais été ministre de l'instruction publique, je me serais mis à la discrétion de M. Rigault pour qu'il fit un cours à la Sorbonne, afin qu'à côté des vétérans de renseignement il y eût un jeune et brillant professeur qui fut d'une date et d'une ère nouvelles. Le bon esprit de M. Rûuland pensait sans doute tout cela, et personne ne faisait plus de cas que lui du jeune professeur; maison lui suggéra, j'imagine, qu'il fallait avoir M. Risault tout entier et l'enlever à ses amis. Le ministre de l'instruction publique lui dit donc qu'il fallait opter entre la suppléance de M. Nisard à la Sorbonne avec d'autres faveurs et la collaboration du Journal des Débats. M. Rigault refusa de quitter le Journal des Débals; et sa conduite fut d'autant plus noble en cette circonstance tju'il aimait beaucoup le professorat public, et qu'il y avait déjà trouvé de grands succès. Je garde précieusement une belle lettre de .M. Rigault me racontant l'audience dans