‹ OEuvres complètes de H. Rigault. Précédées d'une notice biographique et littéraireChapitre 135 sur 183 · Des-causes de la cornijiiio'i du u'>ni , y · texte numérisé non relu

Des-causes de la cornijiiio'i du u'>ni , y

l)i:s ANCIENS KT DJIS MUDKUNKS. 3'J3

lui infliger le récit dc'taillé de celte nouvelle controverse sur Vlliade. Il ne sullit pas de nouveaux noms pour rajeunir de vieux arguments. Si la pièce est la môme, qu'importe que les acteurs de la pièce, au lieu de s'appeler Perrault et Desmarets, lluet et Despréaux, s'appellent La Motte et Mme Dacier? La Motte joue précisément le rôle de Perrault, et, chose singulière, on dirait qu'il n'a pas lu ses devanciers, tant il a l'air de parler en son nom ; il ne cite jamais Saint-Sorlin, et s'il nomme Perrault une ou deux fois, c'est en paraissant le connaître plutôt par la tradition que par ses lectures ; il se croit évidemment l'inventeur de paradoxes imprimés depuis cinquante ans. Je résumerai seulement l'histoire de ce second débat sur Homère, en n'insistant que sur les incidents nouveaux.

A la fin de 1713, La Motte publia et dédia au roi Louis XIY, qui l'en récompensa solidement, une traduction en vers de VIliadc, précédée d'un discours et d'une ode intitulée : YOmbre d'Homère. Dans cette ode, il suppose qu'Homère quitte les champs Elysées, et monte sur la terre pour inviter La Motte à le traduire en vers français. Mais ce n'est pas seulement une invitation que lui fait Homère, c'est une confession :

Mon siècle eut des dieux trop bizarres, Des héros d'orgueil infectés.

Des rois indignement avares, Défauts autrefois respectés.

Homère en conclut humblement que son Jliadc a besoin d'être amendée, et il prie La Motte, qui a le bonheur de vivre au xvm« siècle, d'en faire une édition française revue et corrigée. La Motte, par obéissance, compose une Iliade en douze chants, à la dernière mode de son temps, et se flatte d'embellir Homère, comme Dryden croyait embellir

Shakspeare et Milton en recommençant la Tempête, et en mettant en opéra le Paradis perdu.

Dans le Discours sur Homère qui précède sa traduction, La Motte revient sur les éloges que Mme Dacier avait donnés au poëte grec, et leur oppose les arguments de Desmarets et de Perrault, sur la grossièreté des dieux et des héros, la longueur des descriptions et des comparaisons , la monotonie des combats \ etc. Il soutient qu'on a le droit déjuger un poëte dont on ne sait pas la langue, et même de le traduire et de le corriger dans une traduction. C'est le procédé dont il use, il le déclare, à la grande indignation de l'ami de Mme Dacier, l'abbé Fraguier, qui prétendait n'avoir compris Homère qu'après l'avoir lu quatre fois de suite d'un bout à l'autre dans le texte, et qui, soulignant chaque fois ce qu'il trouvait beau, finit, à la quatrième lecture, par avoir souligné tous les vers^. La xMotte, moins scrupuleux, s'explique avec la plus grande liberté sur sa méthode de traduction. A prendre sa doctrine à la rigueur, la vraie manière de traduire, c'est d'embellir ce qui est beau dans un auteur, et de supprimer ce qui ne l'est pas. « C'est par cette raison, dit-il, que j'ai réduit les vingt-quatre livres de V Iliade en douze, qui môme sont beaucoup plus courts que ceux d'Homère. Le bouclier d'Achille m'a paru défectueux par plus d'un endroit ; j'ai donc imaginé un bouclier qui n'eût point ces défauts.... j'ai trouvé la mort d'Hector aussi défectueuse que le bouclier d'Achille, et j'ai changé toutes les circonstances de cette mort pour rétablir la gloire des deux héros de Y Iliade. Voilà ce que j'avais à dire de Y Iliade et de mon imitation. »

Si l'on veut juger ce que La Motte appelle son imitation,

L Voir sur les Combats de l'Iliade une excellente réponse de La Haqie à La Molle. C'csl un des meilleurs morceaux du /.ynv;, t. I, p. h'^.

2. Mémoires de rAcadémic des iusiriptions , t. VII, p. 31)6. Éloge de Fraguier par de Boze.

i>i:s ANCIKXS KT DE^ MUDKRNKS. 395

qu'on cherche dans son Uiadela. célèbre allégorie d'Homère, les Prières. Comme c'est là une de ces « longueurs ennuyeuses » qu'il convient de retrancher, La Motte a remplacé la belle peinture d'Homère par cette sentence toute sèche :

On offense les dieux, mais par des sacrifices De ces dieux irrités on fait des dieux propices.

Mais peut-ôtre que le poëte qui devait plus tard faire pleurer son siècle sur les infortunes d'Inès, aura mieux compris les beautés pathétiques de Yllindc. Andromaque attend aux portes Scées Hector qui la cherche dans le palais ; elle est accompagnée d'une esclave, et porte dans ses bras son jeune fils, semblable à une étoile brillante.... Hector paraît et sourit, contemplant son fils en silence. Andromaque, près de lui, versait des larmes et, lui prenant la main, elle parlait ainsi : « Cher Hector, ton courage te perdra; tu n'as l)itié ni de ton fils ni de ta femme infortunée qui sera bientôt veuve, car bientôt les Grecs, fondant sur toi, t'arracheront la vie*.... "Voici la réduction de ce tableau d'Homère dans Ylliade de La Motte :

Hector parle déjà de rejoindre l'armée : a Quoi! s'écrie Andromaque, où veut courir Hector? Tout blessé, tout mourant, va-t-il combattre encor? Tant de fois en im jour faudra-t-il que je tremble D'un péril où je vois tous les malheurs ensemble? Les Grecs vont sur toi seul réunir leur effort. Que je crains l'intérêt qu'ils ont tous à la mort! »

Supprimer celte double inquiétude d'Hector qui cherche Andromaque, et d'Androniaque qui attend l'arrivée d'Hector; effacer l'image charmante de cet enfant, semblable à une étoile; ôter à Hector ce sourire admirable d'amour et

Page 1