‹ OEuvres complètes de H. Rigault. Précédées d'une notice biographique et littéraireChapitre 138 sur 183 · Des causes de la cnrruptinn du goût, p · texte numérisé non relu

Des causes de la cnrruptinn du goût, p

cier. La Motte, en se faisant avec discrétion son défenseur, acheva spirituellement de l'indisposer contre Mme Dacier. Il invoqua , pour expliquer sa censure d'Homère et la tolérance de l'Académie, le droit qu'a tout écrivain de penser comme il lui plaît, et « la liberté académique, si nécessaire au progrès de la raison et du bon goût. ■» Puis, faisant sentir à Mme Dacier qu'il était malséant de croire l'Académie redevable de son innocence à Despréaux et à M. Dacier, et de ne mettre aucune distance entre M. Dacier et Despréaux, il ajoute : « M. Despréaux et M. Dacier ont justifié l'Académie; je les respecte tous deux, comme je le dois, l'un pour son génie et ses talents, l'autre pour son érudition et son travail ; mais ne dirait-on pas que ce fussent des arbitres nommés exprès pour celte affaire, et que le corps leur eût remis son autorité pour la décision ? Ce n'est point cela. Ils ont seulement usé du droit commun à tous ses membres ; ils ont dit ce qu'ils pensaient, et c'est au public, juge de l'Académie elle-même, à prononcer'. » Mais il y a plusieurs publics : il y a le public qui ne cherche dans les disputes des gens de lettres que le plaisir de voir des auteurs s'attaquer les uns les autres, et le public qui ne cherche dans les contestations littéraires que l'éclaircissement de la vérité. C'est à ce dernier public, c'est à l'Académie qui le représente, que La Motte s'adresse, et il prend l'engagement devant elle d'examiner les objections de Mme Dacier avec impartialité, de les combattre avec modération, de n'apporter dans le débat aucun préjugé, aucune passion, et de ne se déterminer que par la force de l'évidence. La Motte eut soin de lire cette profession de foi devant l'Académie, quelques jours avant la publication du livre de Mme Dacier, pour se concilier d'avance le suffrage de la compagnie qu'il déclarait prendre pour juge.

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