Apolofjic d'IIomcrc^ p
2. Homère en arbitrage, p. 24. Lettre tle Mme de Lambert (1715).
voix aflectueuse : « Il se trouve déjà, ce me semble, un grand nombre de points où il paraît aujourd'hui que M. de La Motte convient avec Mme Dacier; mais on demande si les défauts qu'il a reprochés à Homère sont, ou non, de vrais défauts'.» Là en effet est le point en litige : le 1'. Huffîer indique la question, mais, en homme prudent, il évite de se prononcer. Ses paroles sont un modèle de tergiversation diplomatique. Qu'appelle-t-onun défaut? Ce qui est défaut pour nous était-il défaut pour les anciens? Est-ce un défaut dans un poème épique? Mais il faudrait convenir d'abord de la nature du poëme épique. En quoi consiste la perfection? Non-seulement chaque personne, mais chaque nation se fait une idée différente de la perfection. Quel doit être le vrai caractère d'un héros épique? Faut-il qu'il soit doux ou violent, franc ou rusé, clément ou impitoyable? Cela dépend des pays, des coutumes, des esprits et des goûts. Certes, parmi toutes ces questions , il en est de fort sensées; mais le P. Buffier se garde d'y appuyer et glisse en les posant. Il court à la conclusion, avec force douceurs et force compliments, et couronne sa lettre par cette manière de péroraison : « M. de La Motte et Mme Dacier conviennent tous deux dans l'essentiel, savoir, qu'Homère est un des plus grands génies du monde. (Le P. Buflier oublie à dessein qu'aux yeux de La Motte, Homère n'a guère plus de génie que le P. Lemoine et que Desmarets.) M. de La Motte convient qu'Homère a fait le premier une sorte de poëme auquel nul autre, le tout pour le tout, n'a jamais été préféré ou préférable. (Le P. Buffier oublie que La Motte a mis le Saint-Louis et le Clovis au-dessus de 1'/liade.) — Mme Dacier peut préférer, sur le goût et sur l'autorité de l'antiquité, ce qui semblerait défaut selon le goût et les mœurs d'aujourd'hui. M. de La Motte peut appeler
1 . Ilomère en arbitrage, p. 24. Lettre du P. Buffier à Mme Dacier.
défauts des choses qui nous révolteraient manifestement dans un poëme qui, aujourd'liui, se ferait tout de neuf. (Le P. Buffîer oublie que Mme Dacier ne veut rien entendre aux finesses du goût moderne, ni La Motte à la simplicité du goût antique.) — Ils ont l'un et l'autre beaucoup d'esprit et de bel esprit, beaucoup de réputation très-bien fondée, beaucoup d'amis considérables par leur mérite ou respectables par leur rang. Ils ont soutenu leur dispute avec plus de recherches curieuses , plus d'agrément de style et plus de vrai succès qu'aucun de ceux qui avaient traité le même sujet. Ils l'ont épuisé chacun de leur côté et s'y sont portés avec un zèle qui ne s'est point épargné, mettant en œuvre, d'une part, toute la vivacité, et, de l'autre, toute la fine raillerie que le public pouvait souhaiter. C'est donc à eux de ranimer les anciens sentiments d'estime qu'ils ont conçus l'un pour l'autre et qu'ils se doivent mutuellement. C'est le meilleur dénoùment delà scène amusante, instructive et spirituelle qu'ils ont bien voulu donner, et dont tous les gens de lettres doivent leur avoir beaucoup d'obhgation *. » Le P. Buffier tenait la balance avec une incomparable impartialité ; il mettait dans les deux plateaux une dose égale d'encens, et, de peur de faire pencher l'un ou l'autre, il s'abstenait d'ajouter le poids de son opinion. Cependant la réconciliation ne se fit pas encore, et ce ne fut pas le P. Buffier qui eut l'honneur d'y attacher son nom. Les inodcrncs continuèrent la guerre avec vigueur; La Molle publia la troisième partie de ses Bcflcxions, et Terrasson mit au jour sa Disscrtalion sur l'Iliade.
Bientôt parut un troisième médiateur, Fourmont, professeur de Jangue arabique au Collège royal. Le pacifique Fourmont débute presque aussi tendrement que le P. Buffier. A Mme Dacier il concède qu'un ouvrage ancien, par