‹ OEuvres complètes de H. Rigault. Précédées d'une notice biographique et littéraireChapitre 25 sur 183 · Longin, Du sublime, sect. .xliv, éd. de M Kgger · texte numérisé non relu

Longin, Du sublime, sect. .xliv, éd. de M Kgger

L'orateur n'a plus la place publique pour théâtre et le peuple romain tout entier pour auditeur. Il n'a ni Milon à défendre , ni Verres à poursuivre, ni Catilina à chasser de Rome, ni Antoine à flétrir. Rome, pacifiée et soumise, ne peut être la Rome éloquente de la république et des guerres civiles. L'éloquence est une flamme ; c'est en brûlant qu'elle éclaire. Admirable leçon pour les peuples qui voudraient à la fois la gloire et le repos! Nul ne peut, dit Maternus, cumuler la gloire et le repos ! Nemo eodem tem'pore assequipotest magnam fumam et magnam quietem. Seulement, je n'ajouterai pas comme lui : « Que chacun s'accommode de ce qu'il a, sans médire de ce qu'il n'a pas. » Cette résignation ressemble trop à l'indifférence. Il faut savoir préférer et choisir. Heureux les hommes qui font le choix d'Achille:

Non beaucoup d'ans sans gloire, Mais peu de jours suivis d'une longue mémoire !

Heureux les peuples qui savent souffrir, pour être libres et glorieux !

J'ai insisté sur l'idée de Maternus, parce que c'est la plus élevée de toutes celles que renferme le Dialogue, et sur le Dialogue lui-même , parce que c'est le premier ouvrage où la question qui nous occupe est nettement posée. Aper, Messala et Maternus sont loin de l'avoir embrassée tout entière, ils ne parlent que d'un genre littéraire, l'éloquence; et si l'on résume leur discussion, elle se réduit à deux points : les anciens orateurs sont supérieurs aux modernes '; il y a plusieurs causes de cette supériorité : l'éducation domestique

\. Je sais que telle n'est pas l'opinion de tous les critiques : plusieurs croienl qu'Aper re])iésente l'opinion de l'auteur du Dinloijvc. Je m'étonnerais que l'auteur eût laissé Malernus résumer le débat et cunclure, si Maternus n'avait pas été son vrai représentant. Or, Maternus croit à la supériorité des anciens et h la décadence des modernes: il explique l'une et l'autre, et sa conclusion conciliante, c'est : puisque bono .saïuii sui uliitiir.

et scolaire des jeunes gens, qui est moins bonne, et les circonstances politiques, qui sont moins favorables. Mais il serait injuste d'appuyer sur les lacunes d'une œuvre qui ne nous est pas parvenue tout entière. J'aime mieux l'admirer comme un des monuments les plus brillants, les plus spirituels et les plus élevés de la critique romaine.

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