Discours de la Méthode, VI» partie
.3. « Non est quod antiquis multum tribuamus propter antiquitatem , sed tf nos potius iis antiquiores dicendi. Jam cnim senior est mundus quam « tune, majoremque haberaus rerum experientiam. » (Baillet, Vie de Descaries, Vlli, 10.)
Bacon, à travers le xvir siècle, et non-seulement dans les cartésiens , mais dans un sceptique comme La Mothe Le Yayer, et dans un adversaire de Descartes comme Pascal.
La Mothe Le Vayer en effet , dans un de ses dialogues, oij il s'est mis en scène sous le nom d'Orasius Tubero, s'exprime ainsi :
« Aux uns les autorités sont raisons; pour les autres il n'y a que la raison qui ait de l'autorité. Il y en a qui défèrent aux anciens, se laissant mener , comme les enfants, par la main de leurs pères ; les autres soutiennent que les anciens ayant été dans la jeunesse du monde, s'il y en a , c'est ceux qui vivent aujourd'hui , lesquels sont véritablement les anciens, et qui doivent par conséquent être les plus considérables ^ »
Sur les pas de Descartes , les cartésiens les plus célèbres s'élancent à leur tour dans la voie ouverte par Bacon.
«Si l'on croyait, s'écrie Malebranche, qu'Aristote et Platon fussent infaillibles, il ne faudrait peut-être s'appliquer qu'à les entendre; mais la raison ne permet pas qu'on le croie. La raison veut , au contraire, que nous les jugions plus ignorants que les nouveaux philosophes, puisque, dans le temps où nous vivons, le monde est plus vieux de deux mille ans, et qu'il a plus d'expérience que Platon et Aristote, comme on l'a déjà dit, et que les nouveaux philosophes peuvent savoir toutes les vérités que les anciens nous ont laissées, et eu trouver encore plusieurs autres*. »
«Avec quelle vigueur, dit M. Bouillier, le grand Arnauld ne réfule-t-il pas la thèse du progrès de la corruption et de
1. Orasius Tubero, t. II, p. 218, Sur l'Opiniâtreté. M. Etienne, dans sa thèse sur La Mothe Le Vayer, fixe la date d'Orasius Tubero à 1632 ou 1633, tandis queBrunet et Quôrard la mettent .\ IGOO. .l'incline vers l'opinion de M. iîtienne, qui s'appuie sur de bonnes raisons.