‹ OEuvres complètes de H. Rigault. Précédées d'une notice biographique et littéraireChapitre 85 sur 183 · Dacier, traduction d'Horace, t. VI, p · texte numérisé non relu

Dacier, traduction d'Horace, t. VI, p

2. Cui S<rcli titulum dédit, Sabelle, Perraldus tuus edidit poema,

Quo vir non malus asserit putatque Nostris cedere Bruniis Apeilem, Nostris cedere TuUium patronis, Nostris cedere vatibus Maronem.

0 Sccclum insipiens et inficetum!

lasnage attribue cette épigramme à Ménage (0«r, des sar., septembre

rault lui-même, qui, piqué de l'application faite par Ménage d'un vers de Catulle, lui écrivit une lettre spirituelle : « Je demeure d'accord, disait-il, que l'épigramrrie est belle pour une épigramme latine de ce temps-ci, car, quoiqu'elle ne soit fondée que sur l'équivoque du mot siècle, cependant comme le plus grand mérite de la plupart des ouvrages latins d'aujourd'hui n'est point d'avoir du sens et de la raison, choses trop communes et trop triviales, mais de faire allusion à quelque endroit d'un auteur classique, je comprends que cette épigramme a, pour certaines gens, une beauté qui les charme et qui les enlève. » Néanmoins Perrault feint de ne vouloir pas l'imputer à Ménage, puisque celui-ci la désavoue. « Un de mes amis, continue-t-il, ayant vu VSl qui est au bas de cette épigramme, a cru qu'elle était de quelque nouveau Montmaur, parent du célèbre parasite que nos Muses ont chassé si agréablement du haut du Parnasse à coups de fourche. » Du reste, Perr rault s'accoutume à ces aménités latines, en prose et en vers. Il avait été fort maltraité naguère dans une harangue prononcée à Amsterdam, par le professeur Francius, et il en envoie un extrait à Ménage, avec la traduction, pour lui montrer qu'à l'étranger, comme en France, les anciens ne l'épargnent pas :

a Un écrivain français s'est porté naguère à cet excès d'audace, de n'avoir pas douté d'assurer que si Gicéron vivait aujourd'hui, il ne pourrait pas être mis au second ni au troisième rang des orateurs, et qu'à peine il aurait place parmi les médiocres avocats du parlement de Paris.

Voilà le cœur de Zénodote, voilà le foie de Gratès!

a 11 est vrai que M. Ménage, par de très-beaux vers, et

1C87). Voir aussi Ilneliana , chap. xii. Il courut dans le monde lettré d'alors une foule d'épigrammes i>our faire suite à celle-ci. Bayle en cite plusieurs dans ses Nouvelles de la république des lettres, septembre 1687.

M. Dacier, dans sa dernière préface sur Horace, et plusieurs autres encore, ont réprimé l'insolence de ce trèsimpertinent homme, car ceux d'entre les Français qui ont le nez le plus pointu ' , et qui sont versés dans la lecture des anciens, n'ont pu soufîrir cette violence, même dans un homme de leur nation. Cependant ces clioses se répandent dans le public; les jeunes gens les lisent, les journaux en parlent, et ceux qui connaissent peu ces grands héros de l'antiquité en conçoivent une mauvaise opinion. »

« Ce sont là, poursuit Perrault, des injures en forme, qui excèdent toutes les libertés permises entre les gens de lettres , et dire en public qu'un homme est très-impertinent, c'est, assurément, lui faire un véritable outrage. Cependant, comme je sais que les injures n'ont pas la même force en latin qu'elles auraient en français, je les pardonne de bon cœur à M. Francius, en faveur des privilèges de la langue latine, pourvu qu'il fasse réflexion combien peu délicate est cette langue, combien peu délicat sont été la plupart de ceux qui l'ont parlée, et combien peu le sont encore la plupart de ceux qui la parlent, puisque, pour les mêmes choses où l'on ne daigne pas faire attention quand elles sont dites en latin, on se couperait la gorge si elles étaient dites en français. »

A cette leçon dédaigneuse et polie donnée à Ménage, dans la personne de Francius, Ménage ne réplique pas. Jusqu'ici les érudits n'avaient pas le dessus ; ils n'apportaient dans le débat que des épigrammes, comme Ménage, ou des invectives, comme Dacier et Francius, et la prédiction de Perrault semblait se vérifier :

Nous dirons toujours des raisons, Ils diront toujours des injures.

1. C'est une élégance latine dont quelques gens se servent pour dire a qui ont le plus de discernement. » (iN'o/e de Perraull.)

Un écrivain, homme du monde, qui savait assez de grec, un gentilhomme poëte, le baron de Longepierre, entreprit de dire des raisons et de les dire avec urbanité. Mais comme il est plus facile de parler civilement que do bien raisonner, le seul mérite du Discours de Longepierre ', c'est la politesse de son langage : mérite d'autant plus louable que son admiration pour les anciens n'admet pas de limites. Un mot résume son livre : les anciens n'ont pas fait de fautes, ou leurs fautes sont belles. Il loue Homère d'avoir servi de règle aux jurisconsultes et apaisé les révolutions. Un de ses vers, dit-il, a disposé d'un État, et donné un frein à la licence d'un peuple mutiné. En célébrant la gloire d'Eschyle, il affirme, d'un air de triomphe assez plaisant, qu'il faisait accoucher les femmes sur la scène et mourir les enfants de frayeur. Quand il défend l'antiquité contre Perrault, son style s'élève à un degré de pompe et de gravité qui touche au ridicule. Joad, interdisant l'accès du temple à l'impie Athalie, n'est pas plus solennel.

Il était temps de changer de ton : la cause de l'antiquité était compromise par le sérieux tragi-comique de ses défenseurs. Aussi le public accueillit- il avec faveur un petit livre demi-sérieux, demi-badin, qui venait de paraître, et qui déjà courait dans toutes les ruelles. Je ne m'arrêterais pas à cet ouvrage d'un écrivain oublié, s'il n'était à peu près inconnu aujourd'hui, et surtout s'il n'avait pas donné à Swift l'idée d'une œuvre charmante : la Bataille des livres. UJlisloire poétique^ est, comme la Nouvelle alléyoriqve de Furetière, comme le Parnasse réformé de Guéret, une de ces sa tires li ttéi aires sous la forme dramatique, dont Lucien a donné les modèles. L'auteur raconte que dans l'assemblée de l'Académie, au Louvre, Perrault vient de lire le Siècle

Page 1