Discovrs sur les anciens. Paris
2. Histoire poétique de la guerre des anciens et des modernes, par M. de Calliéres, 1688.
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de Louis le Grand, qui partage rAcadémie en deux camps opposés. Aussitôt la Renommée sème l'alarme jusque sur le Parnasse, et les plus illustres des anciens et des modernes qui habitent la montagne sacrée se divisent comme l'Académie. La guerre est résolue. Homère prend le commandement des poètes grecs, Virgile celui des poètes latins. Démosthène est élu général des orateurs grecs, malgré la concurrence d'Eschine; Cicéron, des orateurs latins, malgré celle d'Hortensius. Corneille est h la tête des Français ; le Tasse, des Italiens; Cervantes, des Espagnols. La bataille s'engage. En voici un épisode :
a Lucain vit alors s'avancer de son côté deux corps d'armée commandés par deux des plus grands poètes d'entre les vivants. Ils étaient tous deux armés moitié à la grecque, moitié à la romaine, quoique Français de nation. L'un était à la tète d'environ vingt mille vers partagés en dix poèmes dramatiques, dont il y avait neuf tragiques et un comique, et l'autre était suivi d'un Ai-t poétique en quatre chants, d'un poème héroï-comique en six chants, de neuf satires, de neuf épîtres et d'un discours en vers. Toutes ces troupes étaient bien lestes, bien armées, et marchaient dans un très-bel ordre. Lucain, à la tête des dix livres de sa Pharsale, s'avance avec une contenance fière vers l'un de ces deux chefs, et lui adressant la parole : « C'est donc « toi, téméraire mortel, lui dit-il, qui as osé railler le plus « grand poète de ta nation, parce qu'il me préférait à Yir- « gile, et du soin qu'il avait de profiter de mes belles pen- « sées pour en enrichir ses ouvrages '? — C'est donc toi, lui ré- « plique lepoëte moderne avec la même fierté, qui as été assez a présomptueux pour prétendre que l'enflure de tes vers les
Tel excelle à rimer qui juge sottement. Tel s'est fait par ses vers distinguer dans la ville, Qui jamais de Lucain n'a distingué Virgile.
{An poétique , chant IV.)
« devrait égaler à la solide grandeur des vers de Virgile, « qui as cru éblouir la postérité, par le faux brillant de quelrt ques vers sentencieux et de quelques maximes souvent peu « justes et mal placées ? C'est toi qui as et j assez lâche pour « louer si excessivement Néron, l'abominable Néron!..,. y> Et Boileau continue ses invectives, en signalant tous les défauts de la Pharsale, qui lui cachent toutes ses beautés. « Alors Lucain, pensant intimider le poète moderne, fit avancer tous les horribles serpents d'Afrique, dont il a fait la description dans son poëme , et la magicienne Érichto, avec ses herbes humectées de l'écume de la lune. Mais le poëte moderne la mit en fuite avec tous ses attirails, attaqua toute l'ordonnance de la Pharsale, et ramena Lucain tout battant jusqu'au pied du mont Parnasse K »
On souhaiterait dans ce récit plus de légèreté, de malice et de grâce. Mais cette imitation de l'épopée homérique, ces généraux qui s'entre-haranguent avant le combat, cette personnification guerrière de leurs ouvrages , cette critique allégorique de leurs défauts littéraires, paraissaient aux contemporains des inventions agréables. Dans le vif de la lutte, quand des combattants illustres étaient en scène, sous les yeux du public attentif à juger les coups, on accueillit avec empressement cette allégorie mythologique, sous laquelle se cachaient quelques vues pénétrantes et des intentions équitables de conciliation. Elle était d'ailleurs signée d'un nom distingué dans la politique et dans la littérature. L'auteur, M. de Callières, était un conseiller du roi, un futur ministre plénipotenfiaire à Ryswick , et pendant ses loisirs il avait composé quelques ouvrages dignes de sa réputation d'homme d'esprit ^ IJans la conclusion de son Histoire poétique, M. de Callières