‹ [Œuvres complètes de Henri Conscience (volume 2)Chapitre 83 sur 115 · LA MERE · texte numérisé non relu

LA MERE

A-t-on jamais vu de la vie chose pareille? Quelle folie vous prend ? Voyez donc, on dirait qu'il vient de tuer quelqu'un! (Elle adoucit railleusement la voix.) Vous avez sans doute laissé tomber un de ces chers petits dahlias? Pauvre ami ! Faut-il pour cela l'aire une vie semblable ?... pour de pareilles bagatelles !

LA FILLE. Elle veut prendre le bras de son père. 0 mon père, qu'est-il arrivé ? dites-le moi.

LE PÈRE, la repoussant.

Laisse-moi ! Ne me parle pas ! Otez-vous de ma vue ! {Il aperçoit le chat couché auprès du poêle et lui lance un si rude coup de pied que ranimai

se sauve en hurlant. )Wisérah\e et fainéante bête! Je le tuerai, sorcière que tu es ! Il ne se passera pas deux jours que tu ne fasses le plongeon avec une pierre au cou... Est-ce pour cela que je te nourris ?

LA MÈRE, avec colère.

Mais qu'est-ce qui te prend donc? Vas-lu mettre tout sens dessus dessous dans la maison? (Elle se place devant lui, les poings sur les hanches.)¥iniras-tu cette sotte comédie, où je te mets à la porte, entends-tu ?

Celte menace calma un peu M. Fruyls, car il avait grand'peur de sa femme. Il continua à se promener machinalement dans la chambre, sans plus mot dire, tandis que les deux femmes et le jeune homme attendaient qu'il fût apaisé. De temps en temps, le malheureux amateur se frappait le front de la main et semblait en proie aux

■ôil

I/AMATEUR DE DAHLIAS

plus vives tortures morales. Enfin il ne put comprimer plus ionjîtemps dans son sein sa raj^e et sa douleur, et, mesurant le jeune Bielonsd'un rei^ard tnena(.'ant, il s'écria :

— Que venez-vous faire chez moi, <,'rallepapier ? Vous réjouir sans doute à la vue du mal que votre père m'a fait? Mais je saurai bien le retrouver, votre fameux père! Il ne irardera pas un dahlia dans son jardin, dussé-je payer des voleurs pour qu'ils aillent les mettre tous en pièces.

i.E JEUNE IIKMMK. ra-t'o Calme, waix hlfssi'.

Je ne sache jias, monsieur Fruyts,que mon père vous ait jamais fait de mal... Hier encore vous étiez bons amis î

i.E l'ÉRE, avec aigreur.

Amis! Oui, grand merci de ces prétondus amis qui vous font sournoisement tout le tort qu'ils peuvent !

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