‹ [Œuvres complètes de Henri ConscienceChapitre 177 sur 225 · LE POÈTE, MUNDUS · texte numérisé non relu

LE POÈTE, MUNDUS

M UN DU s, dans la coulisse.

Oui, il doit descendre ici-bas. Pourquoi donc souffrir par ces aspirations vaines?

LE POÈTE, écoutant.

Quels accents grossiers ! Qui vient là?

MUNDUS, entrant en scène.

Qui méprise et dédaigne les œuvres de Dieu pour se consumer dans de vains rêves, celui-là se prépare sur terre un sort déplorable et ses désirs resteront toujours inassouvis.

LE POÈTE, avec mépris.

La terre est la. sombre vallée de larmes, pleine de chagrins, de maux et de soupirs.

MUNDUS

La terre est la joyeuse vallée de vie, charmante partout, pleine de plaisirs, exempte de soucis.

Ses jeunes fdlos, insensibles, au cœur froid, se moquent de la douleur du poète; ses fleurs sont fanées et ses fruits inspirent le dégoût. Ses Joies sont pénibles et ses jouissances sont acres.

MUNDUS

Ses jeunes filles, au cœur ardent et plein d'amour, guérissent les maux du poète. Ses fleurs sont belles et ses fruits savoureux, consolantes sont ses joies et douces ses jouissances.

LE POÈTE

Oh! si je pouvais nager sans cesse dans l'éther et me baigner dans le courant enchanteur de mes rêves dorés !

MUNDUS

Insensés et téméraires sont les vœux de ton cœur. Tu brûles et tu te consumes pour des ombres vaines. Jamais la divinité n'adoucira tes douleurs insensées. Tu fais du monde un triste désert.

LE POÈTE, découragé.

Hélas ! quel don fatal et triste le Tout-Puissant a fait au cœur du poète! Espérances folles, passions inassouvies, sources d'éternelle souffrance. Quoique les désirs enflamment son cerveau, pour lui, ni plaisirs ni jouissances, cardiaque fois qu'il veut saisir le bonheur rêvé, ce bonheur échappe à ses mains et il ne saisit que le vide.

MUNDUS, lui prenant la main.

Viens, pauvre poète, tu as souffert assez longtemps. Je te conduis dans ma demeure; mes filles sont belles comme des anges; ne me résiste point, suis mes pas.

LE POÈTE

Non, je ne te suis pas; mes rêves me sont chers. MUNDUS, montrant le fond de la scène.

Vois, là-bas, à l'horizon, les frontières de mon paradis.

LE POÈTE

Laisse-moi, je ne te suis pas. ■

MUNDUS

Plus belles que les imaginations de tes rêves sont les jeunes filles qui t'attendent.

Et mon idéal?

LE POICTE.

MUNDUS

Il t'alfeiid aussi.

I/IDÉAl. nu l'UKTE.

Réel, vivant?

l.E l'Ot.lK.

ML.NUUï..

Oui, réel, en pleine vie et dou»'- do tous les dons qui parent le lautônie de tun imagination.

l.E l'OÉTE.

Mais c'est une eniant de la Terre, Iroide loniine la matière, sombre et {grossière comme tout ce que la Terre produit.

M L'ND us.

La plus hflle que la Terre ait portée.

ENSEMBLE

LE POÈTE, hésitant.

Mou C(uur flotte dans le doute ; tu veux m'entrainer dans les jouissances matérielles, me l'aire ram|tt'r dans les réalités terrestres et me détourner de ma mission divine.

M u N 11 us, avec joie.

Son cu;ur flotte dans le doute. Vien>, livre-loi aux jouissances matérielles, plonge-toi dans les réalités terrestres : laisse là les rêves insensés.

Mf NOUS.

Éioule-moi, poète; suis mes conseils, ne repousse pas ainsi ton lionheur. Viens, jeune homme 1 viens.

LE l'OETE.

Non ! non !

Ml N DUS.

Suis mes pas, te dis-jo.

LE J'OETE, avec force.

Oh ! non, non !

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