SCÈNE II
Les Mêmes, IDE A. Elle vient du fond du théâtre, les mains jointes et priant.
IDEA
Hélas ! la lutte terrible approche. La matière luttera contre l'esprit. Fortifie mon courage, ô Père céleste ! Mon espérance est grande et pourtant j'ai peur.
DELICIA, aux filles de la Terre.
Qui voyons-nous venir là? C'est l'ange du poète.
LES FILLES DE LA TERRE
Le génie des rêves ! notre ennemie.
IDEA, s'avançant et continuant.
Il honore votre nom et aime le bien. Ne le laisse pas tomber, assiste-le. L'homme est faible; mais lui, que le feu sacré de la poésie le garde !
DELICIA
Fille des idées, que cherches-tu dans cette contrée?
IDEA
Mon amant vient; il appelle au combat la matière et défie le monde.
DELICIA
La matière se vengera et t'enlèvera ton amant.
LES FILLES DE LA TERRE
Faibles sont les hommes ; leurs vœu.\ sont iin menses, leurs sens troublés et leur cœur avide.
IDEA
Que sont les biens terrestres pour lui qui, sans cesse, élève vers le ciel ses yeux et son cœur? qui, pareil à l'aigle, contemple dans son vol hardi le soleil radieux, source d'éternelle lumière, et cherche son bonheur dans un avenir meilleur?
DELICIA
Mais ton fier poète est homme aussi.
IDEA
Oui, mon doux ,poète est homme aussi.
DELICIA
Ne compte pas plus longtemps sur sa fidélité. Il succombera aujourd'hui même.
IDEA
Non, il se rit de vos ruses. L'homme est faible et ses désirs immenses ; mais le cœur du noble barde est fort. (Écoutant.) Il vient, ô joie! Écoutez, le vent murmure son nom.
LES FILLES DE LA TERRE
Voyez là-bas à travers le feuillage, il approche. Courons ensemble.
Elles courent; Idea les suit lentement.