‹ [Œuvres complètes de Henri ConscienceChapitre 181 sur 225 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes, IDE A. Elle vient du fond du théâtre, les mains jointes et priant.

IDEA

Hélas ! la lutte terrible approche. La matière luttera contre l'esprit. Fortifie mon courage, ô Père céleste ! Mon espérance est grande et pourtant j'ai peur.

DELICIA, aux filles de la Terre.

Qui voyons-nous venir là? C'est l'ange du poète.

LES FILLES DE LA TERRE

Le génie des rêves ! notre ennemie.

IDEA, s'avançant et continuant.

Il honore votre nom et aime le bien. Ne le laisse pas tomber, assiste-le. L'homme est faible; mais lui, que le feu sacré de la poésie le garde !

DELICIA

Fille des idées, que cherches-tu dans cette contrée?

IDEA

Mon amant vient; il appelle au combat la matière et défie le monde.

DELICIA

La matière se vengera et t'enlèvera ton amant.

LES FILLES DE LA TERRE

Faibles sont les hommes ; leurs vœu.\ sont iin menses, leurs sens troublés et leur cœur avide.

IDEA

Que sont les biens terrestres pour lui qui, sans cesse, élève vers le ciel ses yeux et son cœur? qui, pareil à l'aigle, contemple dans son vol hardi le soleil radieux, source d'éternelle lumière, et cherche son bonheur dans un avenir meilleur?

DELICIA

Mais ton fier poète est homme aussi.

IDEA

Oui, mon doux ,poète est homme aussi.

DELICIA

Ne compte pas plus longtemps sur sa fidélité. Il succombera aujourd'hui même.

IDEA

Non, il se rit de vos ruses. L'homme est faible et ses désirs immenses ; mais le cœur du noble barde est fort. (Écoutant.) Il vient, ô joie! Écoutez, le vent murmure son nom.

LES FILLES DE LA TERRE

Voyez là-bas à travers le feuillage, il approche. Courons ensemble.

Elles courent; Idea les suit lentement.

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