LE POÈTE, IDEA
IDEA
Gloire et honneur à toi, poète !
LE POÈTE
Je suis resté fidèle à l'esprit; j'ai vaincu la matière ; me repousseras-tu encore? A moi, ô doux rêve! Non, tu ne m'échapperas pas.
Il veut la saisir, mais il en parait empêché par une puissance surnaturelle .
IDEA
Cesse tes tentatives téméraires, tes désirs sont vains. La matière ne peut m'alteindre, moi, figure immatérielle. Je suis un ange et tu n'es qu'un homme.
LE POÈTE, suppliant.
Ne me condamne pas à des douleurs incurables. Trop longtemps j'ai bercé d'un vain espoir mon esprit torturé. Piiié! le courage m'abandonne. Soupirer, désirer, c'est ma vie...
IDEA
Pourquoi te plaindre? Si le poète doit porter en lui un monde de soutTrances, il porte aussi un monde de joies, confondu dans la divine harmonie. N'envie pas le repos des êtres matériels, esclaves de leurs grossiers désirs. Non, élève tes regards vers le ciel et ne cesse pas d'aspirer au
but de tes souffrances poétiques ; la sainte espérance est le baume de la vie.
LE POÈTE, suppliant.
0 destin cruel qui trouble mon bonheur !
IDEA
Donne-moi ta parole. Domine ta passion, n'essaye pas de m'atteindre.
LE POETE
Quoi qu'il m'en coûte, je le ferai. Pie^ois ma parole.
IDEA
Ton esprit agité est-il assez fort? L'ardeur de tes sens ne te vaincra-t-elle pas?
LE POÈTE
Quoi que je souffre, je te respecterai.
IDEA
Alors je reste auprès de toi.
Elle se rapproche.
ENSEMBLE
Amour des âmes, feu divin, puissant et pur! Étincelle sortie des yeux, rayon échappé au foyer de la lumière céleste ! Plaisirs terrestres, qui désenchantez le cœur, vous ne laissez après vous que des épines. 0 amour pur, à ceux qui croient en toi tu donnes des joies ineffables et une éternelle jeunesse !