‹ [Œuvres complètes de Henri ConscienceChapitre 185 sur 225 · LE POÈTE, IDEA · texte numérisé non relu

LE POÈTE, IDEA

IDEA

Gloire et honneur à toi, poète !

LE POÈTE

Je suis resté fidèle à l'esprit; j'ai vaincu la matière ; me repousseras-tu encore? A moi, ô doux rêve! Non, tu ne m'échapperas pas.

Il veut la saisir, mais il en parait empêché par une puissance surnaturelle .

IDEA

Cesse tes tentatives téméraires, tes désirs sont vains. La matière ne peut m'alteindre, moi, figure immatérielle. Je suis un ange et tu n'es qu'un homme.

LE POÈTE, suppliant.

Ne me condamne pas à des douleurs incurables. Trop longtemps j'ai bercé d'un vain espoir mon esprit torturé. Piiié! le courage m'abandonne. Soupirer, désirer, c'est ma vie...

IDEA

Pourquoi te plaindre? Si le poète doit porter en lui un monde de soutTrances, il porte aussi un monde de joies, confondu dans la divine harmonie. N'envie pas le repos des êtres matériels, esclaves de leurs grossiers désirs. Non, élève tes regards vers le ciel et ne cesse pas d'aspirer au

but de tes souffrances poétiques ; la sainte espérance est le baume de la vie.

LE POÈTE, suppliant.

0 destin cruel qui trouble mon bonheur !

IDEA

Donne-moi ta parole. Domine ta passion, n'essaye pas de m'atteindre.

LE POETE

Quoi qu'il m'en coûte, je le ferai. Pie^ois ma parole.

IDEA

Ton esprit agité est-il assez fort? L'ardeur de tes sens ne te vaincra-t-elle pas?

LE POÈTE

Quoi que je souffre, je te respecterai.

IDEA

Alors je reste auprès de toi.

Elle se rapproche.

ENSEMBLE

Amour des âmes, feu divin, puissant et pur! Étincelle sortie des yeux, rayon échappé au foyer de la lumière céleste ! Plaisirs terrestres, qui désenchantez le cœur, vous ne laissez après vous que des épines. 0 amour pur, à ceux qui croient en toi tu donnes des joies ineffables et une éternelle jeunesse !

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