‹ [Œuvres complètes de Henri ConscienceChapitre 194 sur 225 · M L N DUS · texte numérisé non relu

M L N DUS

Ses yeux s'allument; sa force succombe.

IDEA

Pauvre poète, jette celte coupe fatale. Qui sait chercher sa joie factice dans la boisson s'enfoncera dans la nuit de l'abrulissement; son intelligence et son àme se noieront dans le vin.

MUNDUS

Bah ! la raison reste sourde quand les verres se choquent.

LE POETE, tenilanl son rerrc avec une animation croissante.

Versez î que le nectar coule à flots et que le feu de l'enllKMisiasme embrase mon cœur! Du vin, encore du vin ! Ambroisie, baume de toutes les blessures, remède de toutes les soulfraiices ! Tu cherches le bonheur au ciel ? Aveugle ! on ne le trouve (ju'au fond du verre. Qu'il est doux, (ju'il est bon le sang généreux et pétillant de la vigne!

L'IDEAL DU POÈTE

(A Delicid.) Vierge enchanteresse, verse encore jusqu'au bord. Du vin, encore du vin, toujours du vin !

LE CIKKUR.

Victoire ! sa raison se perd. Il appartiendra à la terre. Du vin ! versez-lui du vin.

LE POÈTE

Du vin, des flots de vin !

IDEA, sévèrement au Poète.

Insensé, la liqueur qu'on t'a versée est le poison des âmes ; car les étincelles qui brillent dans le vin pétillant sont des éclairs qui laissent après eux les ténèbres dans notre cerveau et qui nous rendent aveugles et grossiers. Feu trompeur, que la source soit tarie !

LE POÈTE, égaré.

Laisse choquer les verres. A boire ! à boire!

IDEA, suppliante, au Poète.

0 poète, pauvre ami que j'ai aimé comme la lumière de mes yeux, à qui j'ai consacré les moindres battements de mon cœur dans la joie et dans la douleur, dans le repos comme dans la lutte, pitié, écoute mes tristes plaintes !

DEL ICI A, ricanant.

Hélas! il n'entend pas ta voix; il ne t'écoute pas.

IDEA, au Poète.

Aie pitié de mon profond chagrin ! Ah! ne tue pas la sœur de ton âme.

LE POÈTE, la repoussant.

Je vis de tes soupirs et de tes plaintes; qu'on emplisse mon verre jusqu'au bord ! Arrière! toi qui troubles ma joie. Porte ailleurs tes plaintes importunes.

LE CHŒUR, raillant.

Ah ! ah ! ah !

IDEA, au Poète.

Malheureux ! lu me livres aux risées du vice. Ah ! si je pouvais appeler sur toi la colère de Dieu !,.. Tu m'as quittée pour des plaisirs grossiers. Que ne puis-je te haïr? Mais non, non, tu as beau me repousser honteusement, infidèle, je ne peux pas te haïr. Hélas ! perdre ton amour est pire que la mort. I

LE POÈTE, se levant, remué.

Quelle est cette voix qui chante si doucement l'amour? C'est comme un rayon qui pénètre dans mon cœur.

IDEA

Oh! Dieu soit loué!

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