I.KS bol'iu;eois ue dakm.ngen
lie sauver ce (|ui |)eiit être encore sauvé. Il iloil y avoir la, dans ce culTro, dos billets de banque, des fuiids publics, des valeurs et del'ar^M'ul c(MU|it.iul. Allons, donnez-moi les clefs.
— Les clefs? I'our(|uoi? s'écria PotlewaI pâlissant.
— 11 est inutile de me faire dire cela, répondit Uomys, vous le comprenez bien? Ce soir vous partirez pour la llollaude et tie là pour Londres. Je ré^derai ici, loyalement, vos adaires, et peut-élre trouverai-je assez à sauver [tour adoucir un peu le sort de votre mallieureuse femme.
— Ai-je bien compris? bégaya Pottewal frémissant d indignalioii. Vous voudriez enlever el cacher, après mon départ, les billets de i)an(|iie et l'argent (|ui sont dans ce coffre.
— Kulever? répéta llomys avec un malin sourire. Vous croyez |)eul-étie que je ne conserverai pas boniièlement ces restes de votre fortune pour votre femme et voire enfant? Allons, donnez-les, moi, imus les compterons exacleuH'nf.
— Ciel, c'est horrible! s'écria Pottewal. Voilà donc le secours que vous m'offrez? Vous voulez me rendre complice d'un vol infâme.
— Non, non, Francis. L'argent n'a pas de maître connu ; et en ce qui concerne les billets de banque, il est possible que les numéros se trouvent inscrits sur votre livre de caisse; mais je vous ai prêté de l'arge il, et vous me l'avez rendu Qu'y a-t-il d'étonnant à cela? Et, en tout cas, en gardant les billets de banque un an ou deux, vous voyez bien que personne ne pourrait soupçonner (juebiue chose de l'alfaire.
— Vous me faite horreur! balbutia Pottewal. Il ne suflil pas que la justice humaine me condamne aune honte éternelle, vous voulez me rendre coupable devant ma propre conscience et devant Dieu.
Ilomvs remarqua alors (|ue la clef se trouvait sur le coffre-fort, et lit un i>as pour s'en apprttcber.
Ce mouvement parut frapper Pottewal d'une crainte vive. Il sauta debout, se plaça les poings sert es devant le coffre et s'écria avec une sorte de rugissement rauque :
— Arriére! arriére! ce coffre contient mon honneur, mon innocence, ma vie! Je le défendrai contre votre coupable dessein, dût-il y avoir du sang répandu entre nous.
— Vous êtes fou, répondit Komys avec une ex[)losi(m de colèr»- furieuse, mais en reculant cependant. Un homme peut-il ôlic si mauvais et si entêté? Au lieu de proléger sa femme contre le besoin el la misère, il aime mieux donner sa dot à ceux qui ont prolilé de sa bêtise j)our lui escroquer sa f(»rtnnc. Soit! Ajoutez cette infamie à toutes les lâchetés de votre vie. Je partirai et je vous abandonnerai au sort ijuc vous vous êtes |)ré-
paré vous-même... Mais donnez-moi les bijoux de ma fdie. Donnez-moi les bijoux de ma lille! répéta-t-il aigrement et avec force.
Pottewal se pencha vers le colfre; la clef grinça ilans la serrure.
— Commenf reprit Komys. Les bijoux sont dans le codre? Vous le fermez? Sericz-vous assez insolerit pour me les refuser? N'appartieiineut-ils pas en pleine propriété à ma lille? vous parlez de votre lionnéteté? Mais e'est un vol, un assassinat!
PotlewaI avança de quelques pas el dit avec un calme surprenant :
— Les bijoux a|)partiennent à ma femme. Puis(|ue nous vivions en communauté de biens et (ju'elle partageait mes bénéfices, elle d(»il aussi parta.uer mes pertes.
— Cruel ! Kt si elle vous suppliait de lui laisser garder cette dernière ressource, pour se mettre, elle et son enfant, à l'abri de la misère (|ui la menace? Vous seriez assez inhumain pour repousser sa prière?
— Je ne sais |tas ce (jue je ferais; c'est une chose dont je parlerai avec elle.
— Kh bien! elle-même m'a supplié à genoux de venir ici cbeiclier ses bijoux. Veuillez donc me les donner sans |)lus longue résistance.
— Ce que vous me diles est une fausseté, répli(|na pottewal, vous accusez méchamment votre fille d'une chose vile. C'est une femme forte; elle défendra mon honneur et l'honneur de mon nom, même contre vous.
A ces derniers mots, Romys exaspéré, enflammé de colère, pâlit affieusement el se laissa tomber sur une chaise; ses lèvres tremblantes s'agitèrent comme s'il allait être frappé d'apoplexie :
— Lâche! Imbécile! Misérable vipère! (]ni l'es gliss(' dans ma maison pour cracber Ion venin sur une ancienne iâmille.
Pottewal frémit; ses lèvres se contractèrent avec une expression amère, et une sombre lumière brillait dans ses yeux.
— Vous! vous! m'accuser! s'ecria-l-il. Ab! si l'éclair de la vengeance céleste devait choisir ici une victime, ce n'est pas sur ma tète, mais sur la vfttre qu'il tomberait. Le serpent (]ui rampe, qui empoisonne de son venin la vie d'un homme innocent, c'est vous. J'ai été faible, niais, lâche, en effet; autrement, comment nu* serais-je laissé entrainer par une flatterie liypocrite â un mariage sans amour? Comment n'eussé-je pas brisé la [ tyrannie (|ui m'a poussé â risquer mon honneur «t ma fortune? Oui, oui, vous avez abusé de ma sini- |)licité, de ma boulé. Moi, les hommes méjugeront; mais vous, vous serez jugé par Dieu! Déjà il vous punit par l'aveuglement qui vous a fait ou-
LES nOURGKOIS DE DAIILIN(;EN.
blier quo vous êtes homme; l'argent était voire dieu, voire âme; c'est de l'argent, beaucoup d'argent que vous perdez. C'est juste; vous êtes puni par où vous avez péché.
Un silence solennel régna dans la chambre. Sans doute llomys, malgré son désespoir, avait conservé un dessein secret, car il regardait parfois son beau-fils de côté à travers ses doigts, comme pour observer ce qui se passait dans son esprit.
Pottewal s'approcha de Romys et lui dit d'une voix douce et triste :
— Allons, mon père, ne nous querellons pas. Je suis coupable, du moins d'une folle imprudence. Je m'en repens profondément. Je subirai mon châtiment et supporterai mon sort sans accuser personne d'injustice. Soumeltez-vous également à la volonté de Dieu, et pardonnez-moi le chagrin que je vous cause.
— Je vous pardonnerai tout, Francis, répondit Romys dont les yeux rayonnaient d'espoir, mais soyez raisonnable et montrez quelque compassion pour votre femme et pour votre pauvre enfant. Allons, confiez-moi les billets de banque et l'argent.
— Jamais! Cela ne se peut pas, murmura Pottewal.
— Donnez-moi au moins les bijoux de ma fille.
— Non, je veux attendre qu'elle soit revenue.
— Vous êtes donc inexorable comme un bourreau?
— Ma conscience est inexorable.
Romys sauta debout, recula de quelques pas et grommela en croisant les bras sur la poitrine :
— Est-ce votre dernier mol, assassin?
— Dieu nous voit, répondit Pottewal.
— Oh! soyez maudit! hurla Romys, fou de rage et de colère. Et je ne vous appellerais pas lâche et monstre? Comment! vous volez six cent mille francs à une ancienne et honorable famille ! Vous souillez le nom de votre femme et vous couvrez votre enfant d'une honte éternelle, même avant qu'il ait respiré. Non seulement vous n'avez pas l'intelligence nécessaire pour lui conserver un morceau de pain ; mais vous êtes assez inhumain et assez faible pour vous laisser juger comme banqueroutier frauduleux, sans chercher même s'il existe un moyen d'échapper à cette fatale condamnation. Allez! votre cœur est vide; vous n'avez pas d'âme!
— Un moyen d'échapper à la condamnation? répéta Pottewal.
— Il doit y en avoir un; et si vous n'étiez pas trop bête ou trop lâche, vous l'auriez déjà trouvé.
— Mais quel moyen? Pour l'amour de Dieu, parlez! demanda Pottewal, pâle d'émotion.
— Inutile, s'écria Romys. Si vou>^ aviez assez de force d'âme pour remplir votre devoir, vous n'au-
riez pas besoin que je vous le fasse comprendre.
— Vous me torturez impitoyablement, mon père, dil Poltewal. Pour épargner cette flétrissure à mon enfant et à ma pauvre femme, je mourrais vingt fois avec joie.
— Mourir? murmura Romys. Plût à Dieu que vous fussiez mort en apprenant votre malheur... On ne juge pas les morts.
Pottewal bondit en arrière, passa les mains dans ses cheveux et regarda son beau-père en face avec un rire étrange. 11 élait pâle comme un linge; il tremblait et paraissait frappé de démence.
— Quelle lumière! murmura-t-il avec un râle étouiïé. Serait-il vrai'' Le nom de mon père? Le nom de mon enfant?... Plus de flétrissure sur ma tombe? La prison ne se ferme: ait pas sur moi?... Ah! ma tète tourne, je rêve, la nuit obscurcit ma vue... mais je vous remercie cependant; il n'y aura qu'une victime. Adieu! Romys, adieu! soyez le père de mon enfant... Dieu vous récompensera!
En achevant ces dernières paroles, il se précipita vers la porte; mais avant qu'il l'eût atteinte, elle s'ouvrit brusquement, et Thérèse s'élança à son coules bras tendus. D'autres personneslasuivaient.
— Francis! mon bon Francis! s'écria-t-elle,nous vous apportons deux cent mille francs ! Plus de chagrin ! Soyez content ; vous êtes sauvé ! Voyez ! voyez !
Et elle déplia devant ses yeux toute une liasse de billets de banque.
Pottewal, qui élait resté un instant stupéfait, comme s'il ne pouvait croire à la réalité de ce secours inespéré, serrait sa femme conjre sa poitrine pendant que de douces larmes lui tombaient sur les joues; il bégaya avec une sincère reconnaissance :
— Thérèse! ma chère femme! je devrais bénir Dieu de mon malheur. Il m'a fait découvrir dans votre cœur un trésor caché de dévouement et d'énergie; il a réuni nos âmes par le lien d'une inaltérable afîeclion. Ah! Thérèse! comme je vous aimerai !
Il ne put pas en dire davantage; mais il fixait sur les deux yeux de sa femme un regard tout chargé d'admiration et d'amour.
M. Romys s'avança. Son visage était contracté, et ses mains tremblaient. Il prit Dlondeel par le bras, et demanda d'une voix qui trahissait une pénible agitation :
— Quoi? (|uoi? Qu'entends-je? J'ai mal compris : cela ne peut pas être. Deux cent mille francs? D'où? De qui?
— D'Ernest, répondit Dlondeel, de son chemin de fer qui est accepté, de ma sœur et de moi.
— Mais c'est l'argent de notre famille, bégaya Romys succombant à la violence de son émotion. Huit cent mille francs? Hélas! je mourrai pauvre,
:to
LES njUUGEOlS DE DAKLIN(;EN.
dans la misère, sur la paille! Souloiiez-moi, je tombe, vous m'assassinez!
Ktil s'allaissa sur une chaise.
Hermine s'élanva vers lui, l'entoura de ses bras et dit d'un Ion consolateur :
— Non, mon père, ne soyez pas triste. Francis conlinuera son commerce. .Mon Kriiest nous aidera à regagner ce que nous perdons aujourd'hui. Ayez confiance dans sa force et dans son bonheur, il soutiendra et augmentera riioiineur de la famille. Il sera la joie de vos vieux jours. Oh! mon Dieu! s'écria-t-elle tout à coup. Au secours! au secours! De l'eau! de l'eau ! Mou père tombe en défaillance!
Elle courut elle-même en gémissant à la cuisine et revint prompte comme l'éclair avec une jatte d'eau. Klle mouilla légèrement avec une in(|uiétude liévreuse le Iront de son père évanoui, et lut aidée dans ces soins pieux par tous les autres, même par PottewaI; car la crainte d'un affreux malheur avait mis fin à toute leur joie.
La servante entra tenant à la main un papier et le tendit à son maître.
— C'est pressé, monsieur, dit-elle, cela vient du lélégra|>he.
— Ciel! est-il possible! s'écria Potlevval dont les mains tremblantes avaient peine à tenir la dépêche Oui, oui, c'est vrai, Thérèse! chère Thérèse! il y a de meilleures nouvelles de Londres. Le grain a déjà haussé de cinq francs à Anvers. La moitié de notre fortune sauvée! Notre enfant ne sera pas pauvre !
Personne ne répondit à son exclamation, quoique tous en fussent extrêmement émus. On s'empressait toujours avec inquiétude autour de llomys pour tacher de le tirer de son évanouissement.
— Mon père! mon père! écoute/, s'écria Hermine à son oreille. Il y a de bonnes nouvelles, l'ottewal a regai;né trois cent mille francs!
Celle phras' retentit jusijue dans le cœur de
Romys; il ouvrit les yeux et regarda les assistants avec étonnement.
— Trois cent mille francs regagnés? murmurat-il.
— Oui, oui, les grains ont monté, répondit-on.
— Nous perdons encore trois cent mille francs! dit-il. Assez pour en mourir!...
Pottewal voulut lui serrer la main; mais il le repoussa avec fureur, et s'écria, les lèvres serrées et les yeux llamboyants de haine :
— Soyez maudit! lâche! qui avez dissipé l'argent, le sang d'une ancienne famille!
II étendit les mains vers Ernest Decock ; mais celui-ci recula comme si cette étreinte, en un pareil moment, lui eût fait horreur.
Néanmoins, Uoinys le pressa dans ses bras et dit :
— Ernest, vous êtes mon seul espoir sur la terre. Devenez l'appui, le sauveur d'une ancienne famille. Gagnez de l'argent, beaucoup d'argent, et je bénirai le sort qui m'a donné un si digne (ils.
llerniine jeta un cri de triomphe et se laissa tondjer sur le sein de son père :
— Vous bénissez mon mariage? Vous embrassez mou époux? s'écria-t-elle. Ah ! il a atteint son but, il a vaincu!
Thérèse s'agenouilla et levant les bras au ciel, elle s'écria :
— Oh ! mon Dieu, que vos voies sont impénétrables, que votre miséricorde est inhnie! Vous avez eu pitié des victimes d'un mariage sans amour. Vous faites de l'adversité même la source bienfaisante de votre grâce! Ah! pardonnez-moi ma vie passée; je serai bonne, j'aimerai, je veillerai comme un ange gardien sur le bonheur de mon mari (|ue vous me contiez sur la terre. Merci! merci !
Et elle sauta de nouveau au cou de l'ottewal qui, dans la prévision d'un heureux avenir, semblait pres<|ue fou de joie.
UN bit» Il u u h G E 0 1 i> I* (■ b A H 1. 1 ^ 0 b .N
Il n'y a pas de ville plus riche qu'Anvers en traditions populaires. Chaque rue a sa légende, mais il est extrêmement difficile d'arriver à en recueillir un certain nombre, parce que la plupart sont conservées et racontées dans la dernière classe de la population et ne montent même pas jusqu'aux degrés inférieurs de la bourgeoisie. lien est de ce genre de traditions nationales comme de beaucoup d'autres: le petit peuple seul les a gardées intactes.
Ensuite, peu d'écrivains jugent convenable ou possible de se faire passer, dans les plus pauvres quartiers de la ville, pour un ami ou pour un voisin, et de recueillir ainsi de la bouche d'une marchande de poisson, d'une ramasseuse de cendres, un conte populaire ou le récit d'un miracle en-
core inconnu. Une circonstance particulière m'a néanmoins fourni l'occasion d'entendre quelquesunes de ces histoires, sans qu'on pût s'apercevoir de ma présence. Les conteurs étaient quatre jeunes gens qui touchaient à l'âge d'homme et qui, pendant le jour, travaillaient comme apprentis dans un atelier de menuiserie ou de forgeron. A coup sûr leur façon de raconter n'était pas des plus irréprochables, mais l'un d'eux cependant savait donner à son récit un certain charme naïf, une sorte de saveur originale dont je fus frappé, et qui me donna l'idée de confier ses paroles à la presse à titre d'échantillon du dialecte anversois '.
t. Toute cette légende, écrite en effet en dialecte anversois, offrait de grandes difficultés de traduction. On voudra