GF. R MAN IA
personne à Berlin , pour assister à la représentation de sa comédie.
L’Aristophane en chair et en os passerait un mauvais quart d’heure, le pauvre ami! Nous le verrions bientôt accompagné de chœurs de gendarmes.
La populace aurait bientôt la permission de l’insulter au lieu de l’applaudir. Sa Majesté le roi ferait empoigner par ses argousins le pauvre Aristophane.
O roi , je ne te veux pas de mal , je veux te donner seulement un bon conseil. Vénère les poètes morts; mais aie quelques égards pour ceux qui vivent.
N’offense pas les poètes vivants. Ils ont des flammes et des traits qui sont plus redoutables que la foudre de ce Jupiter qui a été créé lui-même par les poètes.
Offense les dieux anciens et nouveaux , toute la clique de l’Olympe , et le tout-puissant Dieu de la Bible pardessus le marché ; mais n’offense pas les poètes.
Les Dieux punissent certes bien durement les méfaits des humains; le feu de l’enfer est pas mal brûlant , on y doit frire et rôtir.
Pourtant il y a des saints dont les prières délivrent le pécheur. Par des dons aux églises, par des messes, on peut acquérir une puissante intercession.
i’t à la fin des jours, le Christ descendra et brisera le«
ŒUVRES DE HENRI HEINE
portes de l’enfer, et bien qu’il rende un jugement sévère, plus d’un gaillard en échappera.
Mais il y a des enfers d’où la délivrance est impossible; là nulle prière ne vient en aide, là est impuissante la miséricorde du Sauveur du monde.
Ne connais-tu pas l’enfer du Dante, ces terribles tercines? Celui que le poète y a emprisonné, celui-là , nul Dieu ne peut le sauver.
Nul Dieu , nul rédempteur ne le délivrera de ces flammes rimées ! Prends garde , roi de Prusse , que nous ne 4e condamnions à un pareil enfer.