‹ Œuvres complètes de J. Autran (volume 2)Chapitre 17 sur 54 · CH. D'OBLÉANS ET FE. VILLON · texte numérisé non relu

CH. D'OBLÉANS ET FE. VILLON

Il y a en France trois ou quatre siècles au tnoios de littérature à l'état d'enfance, trois ou quatre Riëcles de poésie confuse, ténébreuse, incompréhensibie ; on y barbote dans la nuit. Les professeurs, les commentateurs, les piocheurs, connaissent plus ou moins les écrivaÏDs de cette époque; ils se chargent de les lire et de les comprendre. Je n'ai jamais eu, quant à moi, ni cette patience ni cette prétention. L'obscurité m'est importune; je ne commence à me plaire que U ou quelque clarté commence à se produire. Ce qui m'attache uniquement chez les auteurs de ces temps lointains, c'est leur bic^raphie. Leurs aventures me semblent, en

général, beaucoup plus amusantes que leurs œuvres.

Les deux premiers poètes tant soit peu abordables sur le Parnasse français, comme OD disait alors, sont un prince et un voleur. Le prince, né en 1391, se nomme Charles d'Orléans. 11 est petit-fils de Charles V et sera père de Louis XII. Le poète, oé en li|31 « à Paris, près Pontoise », comme il le dit lui-même, s'appelle Francis Villon, ou plutèt son vrai nom est François Corbueil, et il dérobe celui de Villon — c'est son premier larcin — à un bonhomme de professeur chez lequel on l'a mis à l'école.

Il serait facile d'établir un parallèle entre ces deux personnages qui, sur des théâtres différents, l'un courant les champs de bataille, l'autre les cabarets et les tripots du vieux Paris, tentent également tes aventures, et qui aboutissent finalement tous deux à une renommée littéraire dans laquelle le voleur l'emporte sur le prince.

Il arrive un jour où les deux destinées se rapprochent et se touchent : le voleur est en prison, il est coadamné au dernier supplice pour je ne sais quelle entreprise k main armée sur la grande route ; il doit être, dès le lendemaio, pendu haut et court. Là-dessus une nouvelle pénètre fart à propos jusqu'à lui : il apprend que son

émule en poésie, Charles d'Orléans, vient d'être père d'une fille qui sera la princesse Marie. Aussitôt la pensée lui vient de célébrer cette naissance. Faire des vers en fape de la potence, tout autre que lui serait peut-être gêné dans son inspiration par un tel voisin^e; lui, pas du tout. 11 a vu trop souvent de près cette sinistre ûgure, il l'a trop souvent décrite pour ne pas être en familiarité avec elle. D'un espritaussi libre qu'aux plus beaux jours, il écrit d'aimables stances en l'honneur de ce berceau ; il les adresse à l'heureux père ; elles arrivent à temps, le cœur de Charles s'émeut et la tête du pauvre Villon est sauvée.

Que dites-vous de cette histoire? Elle me plait iofmiment. Je ne connais pas un plus touchant exempled e bons procédés entre confrères en poésie, et je m'étonne qu'aucun rimeur ne l'ait prise elle-même comme sujet d'un aimable, petit poëme.

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