‹ Œuvres complètes de J. Autran (volume 2)Chapitre 19 sur 54 · MELLIN DE SAINT-GELÂIS · texte numérisé non relu

MELLIN DE SAINT-GELÂIS

Ed même tempa que Marot, vivait ua autre rimeur de grand reDom, le célèbre Hellio de Saint-Gelais. Bibtiotiiécaire du roi et aurnôoier du dauphin, il écrivit dans sa riche abbaye de Noire-Dame-des-Reclus uq graad nombre de ballades, de roodeaux, de sonnets. Il passe même pour avoir importé d'Italie en France la forme de ce dernier poSme. Lié d'étroite amitié avec Harot, il l'imita par la licence de ses mœurs autant que par la légèreté ^irituelle de ses écrits. La seule chose dans laquelle il s'abstînt de l'imiter fui le repentir de ses péchés. L'ancien page avait traduit les Psaumet, le vieil abbé ne les traduisit pas.

Vers 1560, la France entière s'enthousiasme et sepassioDDe pour la tentative de Ronsard, qui a essayé de faire refleurir sur le sol gaulois l'artire de la poésie antique.

Vers 1610, la France entière s'enthousiasme et se passionne pour l'cfi'ort de Malherbe, qui cherche à détruire l'œuvre de Ronsard.

Vers 1830, nouvel enthousiasme pour le génie d'André Chénier, qui est venu recommencer le travail de Ronsard.

Voilà la logique française!

JOACHIH DU BELLAY

La Pléiade a compté bien des poètes qui ne devraient pas être oubliés, loachim du Bellay, par exemple. Je lisais l'autre jour des vers de lui d'une naïveté, d'un charme, d'une douceur incomparable :

Henraui qui comme niyase ■ fait un beau TDjige...

J'aimerais mieux avoir écrit ce simple sonnet que TArt poétique et Le Lutrin; le dirai-je mfime? que ces fameux chŒursd'£5(h«retd'AlA<iIte,dont certaine sgens font encore tant de bruit. Je n'aurais jamais dit cela devant mes élèves; mais ici, grâce ik Dieu, je ne suis plus dans ma chaire.

Mettez cette figure à cAté de celle de don Quichotte ; lesdeux fOQtIa paire. C'est le même profil et c'est la même humeur. Celui-ci déclara la guerre aux locutions villageoises, aux syllabes roturières; il poursuivit, eu poésie, un idéal de réformes et de redressements tout à fait semblable à la chimère du chevalier de la Manche ; sa Dulcinée, à lui, c'était la prosodie française. 11 voulait que sa robe ne fit pas un pli ; il 3e serait fait pourfendre mille fois plutôt que de soudï'ir une offense & cette grande dame. On assure qu'il mit sept ans à composer une de ses odes et qu'il usa toute une main de papier à refaire une seule stance. T&chez de concilier

cela avec l'enthousiasme indispensable au genre lyrique.

Il y avait en lui du grotesque. Les mots, les mots, les mots, leur consonnance et même leurortbc^aphe, c'était là surtout ce qui le passionnait. Un jour, ayant vu le dauphin, fils de Henri IV, signer u Loys», il courut tout furieux se plaindre au roi de ce que le précepteur du jeune prince lui permit d'écrire son nom de cette façon ; il voulait, lui Malherbe, qu'il signât » Louis n, et c'est à son caprice que la France a dû cette transformation. Comment ce bonhomme-là n'avait-il pas compris à quel point Loys était pour l'œil et pour l'oreille plus charmant que Louis. Si j'en crois sa biographie, les péchés d'orgueil, de colère, de luxure et d'avarice lui étaient familiers.

Heureusement pour le poète, il a écrit quatre vers qui sutBsent à son absolution :

Elle âult de ce monde où les plus belles chowa, etc.

Charme et puissance de quatre beaux vers ! Ils vivent depuis Irots siècles environ, et vivront longtemps encore que bien des chefs-d'œuvre de prose seront Oubliés.

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