PHILIPPE DESPORTES
Ea sa double qualité de poëte et de chanoÏDe, celuici a écrit quantité de poésies successivement amoureuses et religieuses. 11 y avait en lui de l'Anacréon et du roi David. Abbé de Thiron, de Josaphat, d'Aurillac, de Bonport, de Vaux de Ceroay, chanoioe de la Sainte- Chapelle, il eut successivement pour maltresses Diane de Cossé-Brissac, Hélène 'de Fonsèques, Henriette de la Châtaigneraie, Louise de l'Hôpital-Vitry, on va jusqu'à dire la reine de Navarre, la licencieuse Margot.
Un jour. Desportes, ayant auprès de lui sou neveu Mathurin Bégoier, attendait dans sa riche salle à manger Malherbe et son ami Racan, qu'il avait invités à dîner.
Les convives n'arrivaient pas. Le neveu Mathurin avait grand appétit :
— Si nous nous mettions à table? disait-il, de temps en temps.
— Mettons-nous à table, dit enfin l'oncle Desportes. Us s'assirent et mangèrent les potages, — on mangeait
alors plusieurs potages. Là-dessus Malherbe et Racan arrivent; le maître de la maison s'excuse, et, en manière de diversion, demande à Malherbe s'il a reçu son dernier livre, le livre des Psawmei.
— Non I répond l'autre d'un ton bourru,
— Eh bien, je vais vous le chercher, reprend l'abbé. A quoi l'irascible Malherbe riposte :
— N'en prenez pas la peine; j'aimerais mieuxvos potages!
Ce mot jeta un froid. Le repas fut silencieux. Quand le vieux Malherbe et le jeune Racan eurent enfin pris congé :
— Voilà pourtant, dit l'oncle au neveu, ce que m'a valu ton impatience. Ce Malherbe est un homme terrible,
— Pas si terrible que vous croyez. ]e vais faire une satire contre lui.
— Y penses-tu 7 dit le chanoine effirayé.
— J'y pense si bieo, qu'elle sera faite demain I
El il UDt parole.
« Cette histoire m'a toujours plu infiniment», comme dirait la Fontaine. Je me représente volontiers ces quatre figures réunies dans le même cadre. Si j'étais peintre, le tableau serait déjà fait
MATHUBIN REGNIER
Le plus grand poëte du xvi* siècle, de même que Hontai^e eo est le plus grand prosateur. J'ai dit plus haut à quelle occasion il fit une satire contre Malherbe. Je viens de la relire ; par la mSine occasion, j'ai relu tout le livre. Notre poésie n'en a pas un de sève plus riche et de plus haut godt. Je n'ai jamais compris que les postes de l'époque suivante n'aient pas mieux profité de son exemple. Je ne vois que Molière et la Fontaine qui viennent dignement après lui.