RACAN ET SEGRAIS
Je me suis souvent demandé comment il pouvait se faire que la nation française, cette nation guerrière et agricole entre toutes, n'ait jamais eu ni une poésie militaire, ni une poésie rustique qui lui appartinssent en propre. E3i quoil tant de âècles d'exploits, et pas un distique qui fasse entendre le roulement du tambourl Des plaines et des collines peuplées de laboureurs, couvertes de vignerons, et jamais un tableau où se retracent les mœurs et les travaux, les joies ou les douleurs de cette immense population ruralel C'est à n'y rien comprendre. Racan et Segrais, qui représentent à eux seuls toute notre poésie champêtre pendant
le grand siècle, n'ont guère fait autre chose que traduire et ■ amplifier quelques vers d'Horace, quelques passages de Vii^le. Sans les anciens, la nature n'eût pas existé pour eux; Ils n'ont jamais parlé d'elle que par imitation. 0 littérature de plagiaires I et cela dure ainsi depuis l'origine de notre langue jusqu'au XIX* siècle.